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Le maître d’école a laissé tomber son message

Wissam El Bouzdaini

UNE ÉTUDE AFFLIGEANTE À L’ENCONTRE DE NOTRE CORPS PROFESSORAL.

Paraît-il, le maître d’école aurait failli être un messager (dixit le poète). Peut être dans l’absolu. Mais pour ce qui s’agit de notre cher pays, c’est sans doute de deux choses l’une: soit le signal s’est quelque peu brouillé entre ciel et terre -auquel cas nous devrions sérieusement songer à lancer un troisième satellite-, soit le directeur des ressources humaines ne fait plus là-haut l’affaire -auquel cas il faudrait envoyer Jettou dans l’espace, en espérant que ce dernier soit aussi propice qu’Al Hoceima aux séismes (politiques, s’entend bien). Autrement, nous sommes bel et bien dans la mouise -pour ne pas dire autre chose-, c’est-à-dire, plus concrètement, bien au ras des pâquerettes, et qu’il faudrait sans doute donc trouver une explication plus terre-à-terre à l’indigence de nos profs.

Je ne généralise bien sûr pas. Nous pouvons tous témoigner, même ceux d’entre nous qui ne portaient pas franchement l’école dans leur coeur -à commencer par l’auteur de ces lignes-, d’avoir eu la chance d’avoir des maître-sse-s qui, le temps d’une année, ont presque réussi à nous faire apprécier nos si insipides programmes scolaires, ou encore à nous convaincre qu’user ses fonds de culotte au Maroc avait un quelconque autre intérêt que les diplômes (c’est du moins mon ressenti personnel). Ceci dit, les faits sont têtus; d’autant plus lorsqu’ils sont étayés par des chiffres. Ainsi, l’Observatoire national du développement humain (ONDH), institution dédiée à l’analyse et à l’évaluation des programmes de développement humain au Maroc, vient de livrer ce 25 octobre les résultats d’une étude pour le moins affligeante à l’encontre de notre corps professoral national (la Banque mondiale, (BM), partenaire de longue date de l’ONDH, y a également participé). A cet égard, on apprend notamment que nos enseignants de français maîtrisent peu… le français (score de 41/100 en moyenne dans les 300 écoles concernées par l’étude). Les professeurs d’arabe, eux, s’en sortent à peine mieux dans leur matière (55/100). Seuls les enseignants de mathématiques émergent quelque peu du lot (84/100). Au niveau de la pédagogie, c’est bien pire: la moyenne est d’à peine 34/100 (un comble, pour un métier dont c’est censé être la première qualité). L’ONDH ne le fait pas dire: la proportion des enseignants ayant un niveau jugé suffisant est “très faible”.

L’observatoire livre bien sûr son explication. Il parle de formation, etc. De faiblesse d’implication. On y ajoutera un esprit critique resté au stade de l’homme de Djebel Ighoud: il suffit de parcourir n’importe quel groupe de professeurs sur Facebook pour se rendre compte que les messagers d’hier sont devenus des prophètes du vide intersidéral (là encore, je ne mets bien sûr pas tout le monde dans le même panier, mais l’impression est qu’il s’agit du cas de la large majorité). Où en est-on de ces enseignants que Jules Ferry qualifiait d’auxiliaires de la famille? Ou cela veut-il dire chez nous emmitoufler l’une dans un fichu, et jouer à la flicaille des moeurs face à ceux qui ne rentrent pas dans le rang moral tissé par l’abrutissement généralisé (comme l’illustre très éloquemment l’affaire du baiser de Meknès)? A défaut d’une remise en question par les principaux intéressés, nous ne pouvons qu’espérer que décolle dans le plus proche avenir de Kourou une fusée flanquée d’un satellite de télécommunication marocain et des enquêteurs de la Cour des comptes, histoire de vérifier si l’une de nos hypothèses de départ est juste, sait-on jamais…

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