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Mais où est l’Istiqlal ?

Mustapha Sehimi

Dans la présente conjoncture,  passablement heurtée,  voire confuse, chacun  des partis s’emploie à se  repositionner au mieux et  à identifier des repères. Questions de  visibilité et de lisibilité. Qui réussit dans  cette entreprise? Quelques uns; les  autres beaucoup moins, englués qu’ils  sont dans un brouillard qui ne se dissipe  pas. Deux partis campent “droits  dans leurs babouches”, le PJD et le  PAM. Pour les autres, il y a assurément  un grand déficit de clarté et peut-être  même de cohérence. Reste la situation  pour le moins singulière du Parti de l’Istiqlal,  dirigé depuis la fin 2011 par Hamid  Chabat. Où en est-il? Où va-t-il? Et que  peut-il avoir? Il présente plusieurs traits  liés entre eux d’ailleurs.

Sa matrice historique est le référentiel  nationaliste. Créé en 1944, il a été  structurant et dominant –ou hégémonique?–  dans l’articulation et le formatage  du système partisan. Hassan II  aimait à rappeler aux dirigeants de ce  parti ceci: “Je suis istiqlalien”… Mais  les contraintes du pouvoir et les équilibres  qui doivent les accompagner  n’empêchaient pas le regretté Souverain  de contenir et même de corseter  à l’occasion la place et le rôle de cette  même formation. Autre trait: sa vocation  gouvernementale. Elle a été contrariée  durant quatorze ans (1963-1977) puis  durant les années quatre-vingt-dix aussi.  Et elle n’a été normalisée qu’avec le  cabinet d’alternance dirigé par le socialiste  Abderrahmane Youssoufi en 1998.  Confirmée avec le cabinet Jettou, elle a  été optimisée en 2007 sous l’égide de  son secrétaire général Abbas El Fassi,  alors premier ministre. Puis elle s’est  prolongée dans le cabinet Benkirane  I en janvier 2012 avant d’être de nouveau  remise en cause en juillet 2013 par  le nouveau secrétaire général, Hamid  Chabat.

Le cabinet Benkirane II, à l’ordre du jour,  mais dans des conditions pour l’heure  aléatoires, change-t-il les termes de  référence du PI? Il était prévu comme  l’une des composantes d’une majorité,  Benkirane proclamant qu’il avait donné  sa parole. Premier obstacle: le RNI de  Aziz Akhannouch s’y oppose mordicus,  ce qui conduit au blocage. Il aura fallu  la crise avec la Mauritanie ouverte par  les déclarations de Hamid Chabat pour  que le Chef du gouvernement désigné  reconsidère cette participation au nom  des intérêts supérieurs du pays. Le PI  se voit déclassé: il est réduit à apporter  ses voix à la majorité envisagée par  Benkirane sans représentation au gouvernement.

C’est que la formation istiqlalienne n’a  pas de filet ni de repli: de l’autre côté,  elle est persona non grata. Difficile à  gérer pour elle alors que sa rhétorique  reste celle d’un “parti-nation”, dépositaire  d’un patrimoine patriotique…

En somme, un enclos parlementaire,  sans plus –un ghetto. Peut-elle en sortir?  A terme, ce qui pourrait ouvrir une  piste, ce serait les assises du prochain  congrès prévu à la fin mars 2017. Il faudra  bien, lors de ces assises, dresser un  compte d’exploitation de la gestion politique  de Hamid Chabat. S’il est reconduit,  aucune porte ne paraît pouvoir  s’ouvrir à terme. S’il ne sollicite pas un  second mandat –comme il l’affirme–, le  PI pourrait alors sortir de la zone rouge  dans laquelle il se trouve et espérer une  réinsertion possible dans le gouvernement.

Mais rien n’indique qu’on lui facilitera  cette inflexion tant il est vrai qu’il y aura  sans doute encore de fortes réserves  pour lui tendre la main. Pareille disqualification  pour un second mandat a été  nourrie par la fronde des “historiques”  istiqlaliens, qui ont fait le procès public  de Hamid Chabat à l’occasion de ses  déclarations jugées “irresponsables”.  M’Hamed Boucetta, leader au parti  (1974-1998) est allé jusqu’à le considérer  comme “incapable et inapte” à  exercer cette responsabilité. Abdelkrim  Ghallab, autre grande figure morale  et culturelle, n’a pas été plus tendre  avec lui. Les quinquagénaires “technocrates”,  anciens ministres ou non, en  ont remis une couche. À la suite de quoi  il a été astreint à expédier les affaires  courantes d’ici la fin mars – lui aussi…  Ambiance !

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