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Mahi Binebine: « Toutes les anecdotes du ‘fou du roi’ sont vraies »

 

– Maroc Hebdo: Peut-on dire que ce roman témoigne d’un style de règne ?

Mahi Binebine: Evidemment, ce roman témoigne d’une époque. L’histoire se déroule lors du règne de Hassan II. Le roi n’est pas nommé, mais on comprend facilement qu’il s’agit bien de lui. Mon père est entré au palais en 1967, il y est resté jusqu’à la mort du roi en 1999. Il a vécu le coup d’Etat de Skhirat, les années de plomb, etc. Pour écrire ce livre, je me suis basé sur une grande documentation puisque mon frère a filmé mon père pendant 25 ans. J’aurais pu continuer à regarder ces films pendant une année. Mais au bout de trois mois, j’ai arrêté pour ne pas finir par écrire un roman d’anecdotes. Ainsi tout ce que je raconte dans le livre est basé sur des faits réels.

– Maroc Hebdo: Ce roman vous a-t-il permis de vous concilier avec votre histoire familiale digne d’une tragédie grecque ?

Mahi Binebine: Bien sûr ! Après le coup d’Etat de Skhirat, mon père a publiquement renié mon frère. Je n’ai plus voulu voir mon père depuis. Je le considérais comme un lâche. Mais quand mon frère est sorti au bout de 20 ans de prison (deux premières années passées dans la prison de Kenitra et 18 autres à Tazmamart), l’une des premières choses qu’il m’a demandée est de l’emmener voir papa.
Ils se sont alors retrouvés, se sont enlacés et ont pleuré ensemble. Au final, je me suis senti bête dans cette affaire.
J’ai donc attendu 10 ans avant de me lancer dans ce roman. Son écriture m’a fait beaucoup de bien. C’était en quelque sorte une thérapie, une catharsis qui m’a permis de sortir tout ce que j’avais sur le cœur. C’est dans ce sens, un texte de réconciliation avec moi même et avec mon père.
Parce qu’il faut savoir tourner la page à un certain moment, sans toutefois la déchirer étant donné que le travail de mémoire est toujours nécessaire.

– Maroc Hebdo: Dans ce roman, vous ne jugez pas vos personnages.

Mahi Binebine: A quel titre je pourrais m’ériger en juge ? Pour moi, ce n’est pas là le travail d’un écrivain. Ce dernier observe, constate et interpelle sur ce que nous sommes en tant qu’êtres humains.

– Maroc Hebdo: Pourquoi la tragédie de votre frère n’occupe pas une très grande partie dans ce récit ?

Mahi Binebine: Cet épisode est présent dans l’histoire du narrateur qui a décidé de l’évoquer à un certain moment, mais il ne constitue pas toute sa vie. J’ai donné la parole à mon père pour qu’il prenne toute la latitude de s’exprimer.
D’autant que j’avais déjà consacré un livre à ce fils aîné disparu dans le roman « les funérailles du lait ».

– Maroc Hebdo: Peut-on aussi considérer cet ouvrage comme un hommage à votre père, ce conteur dont vous êtes aujourd’hui héritier et aux artistes en général qui vous inspirent?

Mahi Binebine: Je vis parmi les artistes. C’est ainsi qu’ils sont omniprésents dans mon livre.
Pour ce qui est du fait que je sois héritier du talent de mon père, je pense que oui. Mais tous les Marocains, particulièrement les gens du sud, sont des conteurs, l’oralité fait partie de leur tradition.

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