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L’UZINE, UNE FOURMILIÈRE D’ARTISTES À AÏN SEBAÂ

Démocratiser la culture

L’Uzine s’anime plus le samedi. Située dans le quartier de Aïn Sebaâ, à Casablanca, cette fourmilière de cinq étages, foisonne. Il y a ces «drôles de créatures», les musiciens qui, une fois passé le seuil de la porte principale, se logent directement dans le sous-sol. Le paradis dans l’une des huit chambres équipées d’une batterie, d’amplis dernière génération, de micros et insonorisée par une double porte à hublot qui ne laisse filtrer aucun son.

A quelques étages au dessus, les rythmes hip hop détonent. Les BBoys font leur break dance. Parmi eux, Ayoub, qui répond présent trois fois par semaine. Il habite à Bernoussi et avait déjà suivi une formation de danse urbaine au centre socioculturel Les Étoiles de Sidi Moumen. «S’il ne s’épanouissaient pas ici, plusieurs jeunes seraient probablement ailleurs en train de fumer ou de faire je ne sais quoi de mal», lance entre deux chorégraphies ce jeune bien coiffé, regard lucide. Egalement diplômé en réseau informatique, Ayoub fréquente l’Uzine depuis deux ans déjà. A l’époque, l’adhésion était gratuite. Aujourd’hui, comme chaque membre qui dispose d’un badge pour accéder aux locaux, il paye 200 dh par an. Cela lui accorde aussi le droit de bénéficier d’autres disciplines: danse contemporaine, théâtre, cirque, musique, littérature…

Studio de musique à l’Uzine

Un espace multidisciplinaire

Le dessin et la BD étaient également à l’honneur ce samedi 25 mars au 3ème étage, avec le projet Tahrir: 16 dessinateurs font des croquis de quatre modèles vivants. «C’est la première fois que je vis cette expérience. L’endroit permet d’ouvrir de nouveaux horizons», souligne, les crayons aux doigts, Soufiane, venu de Salé.

A l’entrée de l’Uzine étaient garés deux gros camions pleins de matériel de tournage. En effet, l’équipe de production d’un spot publicitaire occupait la salle de spectacle polyvalente du rez-de-chaussée. «Trois à quatre fois par an, nous accueillons des tournages de pub, histoire de renflouer les caisses», explique Maria Daïf, qui dirige l’établissement depuis une année, épaulée par trois autres salariés. Selon elle, la pub n’est qu’une infime source de financement pour faire fonctionner la machine.

«Pour attirer des fonds, nous développons, entre autres, l’offre de la cafétéria», relève- t-elle. Il y a aussi la boutique, où l’on vend des livres, des accessoires de musique et des T-shirt sérigraphiés au 5ème étage. Des fonds, il en faut aussi parce qu’en plus d’as- surer la gestion quotidienne de cet espace, la fondation de l’Uzine peut octroyer aux artistes des subventions à hauteur de 100 mille dirhams. Ainsi le principal mécène est la Fondation Touria et Abdelaziz Tazi, des noms des parents de du patronne Richbond Karim Tazi, le «millionnaire rouge». D’ailleurs, il était là dans les parages presque incognito, ce samedi-là, lors du vernissage d’une double exposition photo signée Brahim Benkiran et Yoriyas Yassine Alaoui Ismaili.

En déambulant, on peut également aperce- voir d’anciens militants du 20 Février, comme Hosni Almoukhlis qui travaille sur le Théâtre de l’opprimé.

Atelier de théâtre

«Ici, on peut rencontrer toutes les sensibi- lités, mais la politique reste en dehors des murs», tranche Daïf dans son bureau au 1er étage. Cette ancienne journaliste fait partie des générations de militants de la cause culturelle marqués par les phénomènes L’boulevard et Gnaoua d’Essaouira. D’ailleurs, l’Uzine est aussi dans la même lignée. «C’est une graine issue de cette dynamique culturelle», nous dit-elle.

Mais des graines pareilles, il en faut partout, dans tous les coins de rue: «Aujourd’hui nous sommes sollicités de toutes parts. Mais, au bout d’un moment, nous ne pourrons plus répondre à tous. Il faut que le secteur privé s’investisse davantage dans la culture. Il faut des endroits pareils dans tous les quartiers», conclut M. Daïf.

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