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L’UNIVERSITÉ RENAÎTRA-T-ELLE DE SES CENDRES?

NOUREDDINE JOUHARI

La rentrée universitaire prévue pour le 10 septembre 2018 n’a pas eu lieu. Reportée au 17 du mois courant, même résultat. À pareille période, les campus universitaires d’Oujda à Agadir, en passant par Rabat et Casablanca, connaissaient l’effervescence de la reprise des cours. Une véritable invasion de 202.613 étudiants dont 98.954 éléments féminins (valeur 2016-2017), en quête de tremplin formateur vers la vie active et une place au soleil qui garantit une bonne intégration sociale.

La cacophonie ambiante tient lieu d’un sentiment expansif de retrouvailles. On se congratule sans regret pour l’année révolue, tout en appréhendant l’année qui débute. Cette ambiance bon enfant marque d’une pierre blanche l’âge de tous les rêves où le monde futur appartient à la jeunesse. Tout indique que cette jeunesse porteuse d’avenir a été happée par une multitude d’empoignades avec le présent. L’institution universitaire s’est dévalorisée aux yeux du grand public pour qui seul compte le parcours souvent coûteux des enfants. Ils y voient intuitivement, par une démarche empirique, une voie sans issue. La rentrée universitaire ne pouvait que refléter cette ambiance délétère faite de morosité, d’angoisse, d’inquiétude et de lassitude intériorisée. Un sentiment qui s’exprime; au mieux, par le refuge dans l’obscurantisme radical; au pire par la violence.

Ceci pour dire qu’il y avait tant de raisons de ne pas assister au cérémonial pourtant discret de la réouverture. Seul un coup de vent désertique soufflait sur des campus désertés. Cette défaillance de reprise ne pouvait être imputée ni à une administration de proximité, ni à une centralité administrative souvent vilipendée à tort et à travers. Si les étudiants ne se sont pas présentés, c’est en connaissance de cause. Pour ceux qui ont fait les frais du déplacement par un bus improbable, ils ont préféré s’en tenir aux plates-bandes gazonnées du campus. En somme, un jeu de rôles où chacun campe son personnage à divers degrés de vérité intérieure.

Ce n’était pas une grève de zèle, car il n’y avait même pas de mouvement au ralenti. C’est plutôt la représentation, grandeur nature, de la crise de l’université publique. Une machine qui tourne dans le vide et qui broie les plus doués de notre jeunesse. Depuis la création, en 1958, par Charles André Julien, historien émérite et ami du Maroc, de l’Institut des hautes études marocaines, actuelle faculté des lettres et des sciences humaines, noyau de la future université nationale, celle-ci a été le socle formateur de l’élite marocaine dans nombre de disciplines littéraires et scientifiques, dans les années 1960 et 1970.

L’université Mohammed V à Rabat, unique en son genre jusque dans les années 1960, a été le produit de ce processus. Elle a contribué à la formation de chercheurs marocains et français, scientifiques et littéraires de renommée internationale, tel Abdallah Laroui, Abdelkabir El Khatibi, Fatima Mernissi; Jean-François Troin, Jean-Louis Miège, Daniel Guérin, Michel Baudet, Mohamed Abd El Jabri, Aziz Lahbabi entre beaucoup d’autres. Depuis une quarantaine d’années, table rase a été faite de ce glorieux acquis historique. En lieu et place, une médiocrité rampante, dépréciante et dévalorisante des diplômes brandis à tour de bras. C’est dans cette ambiance de cafouillis généralisé que se déroule l’année universitaire.

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