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L’UMT et la CFDT auscultent le syndicalisme en France et au Maroc

Laurent Berger et Miloudi Moukhariq

Quel dialogue social?

Les rapports gouvernement-syndicats sont au plus bas. L’UMT dénonce la régression des libertés syndicales, composantes essentielles de l’État de droit.

Face à une mondialisation qui n’est pas souvent en faveur des salariés, tant s’en faut, le syndicalisme militant n’a d’autre alternative que le renforcement de sa présence à l’international. La dimension nationale reste nécessaire, mais ne suffit plus. C’est dans cet esprit que s’inscrit le colloque co-organisé par l’UMT et la CFDT (Confédération française démocratique du Travail), les 15 et 16 décembre 2017, au siège de l’UMT, dirigé par les deux secrétaire généraux, Miloudi Moukhariq et Laurent Berger, sous le thème «L’avenir des relations sociales sur les deux rives de la Méditerranée».

Une thématique d’auto-défense face à des multinationales forcément sans frontières et sans scrupules. Les opérations de délocalisation se traduisent en perte d’emploi de l’autre côte de la Méditerranée et d’emploi au rabais dans les pays d’accueil. Sans être d’un trotskisme en déshérence, ce voyagisme d’un capital volatil exploite un peu plus les travailleurs sur les deux rives méditerranéennes.

L’autre sujet à l’ordre du jour concerne le dialogue social. Il est perçu comme un moyen de régulation des rapports sociaux qui peuvent être tout bénef pour les salariés; pour peu que ce dialogue porte sur des questions concrètes et non pas sur des voeux pas forcément pieux. Les débats sur ces sujets ont suscité des interventions d’éclairage sur les cas français, tunisien, allemand et marocain. Chez nous, ce dialogue est en panne, au fil des gouvernements et des législatures. M. Moukhariq a décortiqué les étapes, parfois risibles, en tout cas pas très glorieuses pour le collectif législateur.

C’est précisément avec un énorme déficit de communication institutionnelle que le gouvernement en place a choisi de réformer les lois sociales; code du travail en France et droit de grève au Maroc. Or, s’il est un dogme qui régit les négociations employeurs-salariés, c’est d’éviter les réformes en période de crise économique. Dans ce contexte, elles ne peuvent être que régressives. Cette vérité, souvent appuyée sur des expériences vécues, correspond parfaitement au projet de révision du droit de grève au Maroc. La question est lourde de significations et de conséquences. Car il s’agit là de l’ultime moyen dont disposent les salariés lorsque le dialogue social est rompu ou ne fonctionne plus.

Un sujet mort-né
Au Maroc, le droit de grève est inscrit dans toutes les constitutions depuis 1962. Dans les deux petites phrases qui le concernent, il est dit qu’une loi organique définira son mode d’emploi. Cette loi n’a jamais vu le jour, depuis plus d’un demi-siècle; ce qui n’a pas empêché les salariés de l’utiliser pour défendre leurs intérêts bien compris. Et puis voilà que l’on exhume un sujet mort-né.

L’UMT, par l’intermédiaire de ses élus à la Chambre des conseillers, a demandé des négociations franches et productives sur le droit de grève. En vain. Par contre, un texte proposé par la CGEM a été exfiltré. Il reprend essentiellement les désidératas du patronat, avec des conditions rédhibitoires pour un exercice effectif du droit de grève.

Au mieux, il sera vidé de son sens; au pire il sera impraticable. Sa longue gestation s’est finalement soldée par un ersatz mijoté pratiquement dans la clandestinité, sans avoir sollicité la participation du mouvement syndical. Triste traitement pour l’une des principales conventions internationales (N°87) régie par l’OIT (Organisation internationale du travail). Une démarche qui va à l’encontre d’un droit considéré comme une composante essentielle des droits de l’homme et de l’État de droit.

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