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L’option aventuriste des généraux algériens

La tension entre le Maroc et l’Algérie est à son comble

Compte tenu de la profonde crise qu’il connaît, le régime algérien pourrait être tenté par une guerre contre le Maroc. Elle serait une manière de créer un semblant d’«union nationale».

Devinette: quel est le plan majeur de l’état-major des généraux algériens? La Tunisie, la Libye, le Mali? Pas le moins du monde, c’est le Maroc! Depuis l’indépendance de ce pays voisin en 1962, c’est l’axe central de toutes les configurations examinées et actualisées.

A quoi tient cette situation? Au fait que, dès octobre 1963, a eu lieu ce que l’on a appelé la Guerre des sables. Et puis il y a eu tout le reste à compter du milieu des années soixante-dix avec l’implication d’Alger dans la cause nationale du Sahara marocain.

Dogmatisme conflictuel
Prévaut encore et toujours même du côté du département de la défense algérien une fixation sur le Maroc, une rigidité, un dogmatisme aussi participant d’une culture de conflictualité consubstantielle finalement à la nature du régime. Dans l’histoire de l’Armée nationale populaire (ANP), le souvenir de l’humiliation subie en 1963 est vivace. Les officiers de l’époque sont devenus des généraux largement septuagénaires; ils sont aux postes de direction –le meilleur exemple est celui du général de corps d’armée, Ahmed Salah Gaid, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense nationale, un département pris par le président Abdelaziz Bouteflika depuis sa première élection en 1999. C’est dire que l’ANP ne peut se prévaloir, dans ses états de service depuis plus d’un demi- siècle d’aucun titre de gloire militaire. Même à l’international, dans le continent ou ailleurs, ses forces ne se sont pas distinguées par quelque opérationnalité ne serait-ce que dans le cadre des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies.

Volonté de puissance
A quoi tient cette situation? D’abord au fait que l’univers géostratégique des généraux d’Alger est polarisé sur le voisin marocain. Le modèle de développement et de société du Royaume a tenu et il s’est même consolidé alors que celui prôné par l’Algérie durant des décennies accuse un sinistre patent. La transition démocratique à Rabat est globalement en marche, avec des avancées alors qu’à Alger c’est une glaciation qui est la marque du régime. D’où une militarisation du régime algérien au moins pour deux raisons.

L’une a trait au renforcement de la place et du rôle de l’ANP au détriment des autres acteurs émanant des forces vives de la société; ce qui explique que derrière le paravent «institutionnel » d’un pluralisme partisan de façade; ce sont deux partis comme le FLN et le RND qui détiennent la majorité mais pas le pouvoir, exercé, lui, sans partage par l’armée retranchée sous l’enseigne de Boutflika depuis dix-neuf ans. L’autre raison, c’est que la forte progression du budget militaire avec un surarmement se veut l’expression d’une volonté de puissance régionale liée à la quête d’un leadership au Maghreb face au Maroc.

L’argumentaire de l’Algérie officielle veille également à instrumentaliser la question du Sahara marocain en invoquant deux points: des préoccupations de sécurité aux frontières et la solidarité avec le «peuple» sahraoui au nom du principe sacro-saint de l’autodétermination. Autodétermination, dit-elle? De quoi parle-t-elle? Que l’autodétermination s’applique d’abord au peuple algérien subissant le joug d’une nomenklatura militaro-politique qui continue à fructifier un capital de légitimité tiré d’une guerre de libération d’il y a plus de soixante ans. Les constitutions ont été amendées, le pluralisme partisan a été institué après les émeutes d’octobre 1988, mais les règles du jeu n’ont pas varié: le coeur du pouvoir et sa colonne vertébrale sont, eux, des invariants, même des guerres de clan ont émaillé ce parcours historique.

Reste la cause nationale et la position du pays voisin. Avec la Libye de Kadhafi, il a accueilli, financé et armé le premier groupe séparatiste installé à Tindouf en territoire algérien. Si Tripoli a cessé d’apporter son concours après la signature du traité d’Oujda d’août 1984 scellant l’Union arabo-africaine (UAA), Alger a continué apportant à l’international la mobilisation de son appareil diplomatique. Au plan militaire, quels traits distinguent l’implication de l’Algérie? Plusieurs épisodes doivent être rappelés: l’affrontement à Amgala 1 et 2 (janvier-février 1976) entre l’ANP et les FAR avec 200 morts algériens et une centaine de prisonniers, utilisation de SAM 5 et 6 en mars 1981 pour abattre un avion de transport des FAR… A cette occasion, le Roi Hassan II menacera d’exercer le droit de poursuite en territoire algérien. La position exprimée par le défunt souverain en 1976 garde toute son actualité. Il a ainsi exhorté le président Houari Boumédiène à éviter un drame en lui demandant d’opter «soit pour une guerre loyalement et ouvertement déclarée soit pour une paix garantie et durable».

Mobilisation marocaine
C’est là une constante dans la position de Rabat. L’Algérie continue cependant à armer le mouvement séparatiste en le dotant d’armement moderne (missiles Sam 6 et 7, blindés… et même de vedettes maritimes!). Elle combine cette démarche avec une politique d’implantation à Tifariti, Mahbas et Bir Lahlou avec des prolongements au sud de la frontière maroco- mauritanienne à Guerguerate. Face à la mobilisation marocaine et au déploiement intervenu par les FAR, la tension est montée d’un cran. Le Maroc a fait savoir publiquement et par des canaux diplomatiques qu’il n’excluait aucune option pour préserver et garantir son intégrité territoriale.

Polarisation conflictuelle
Et dans cette même ligne, s’opère un vaste dispositif de redéploiement des FAR pour faire face à toute éventualité et, le cas échéant, jusqu’à une montée des extrêmes. L’Algérie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, invité sur le plateau de la chaîne de télévision France 24, a répondu que «chacun assume ce qu’il dit et la sécurité de son territoire». L’on est bien dans un palier où la menace d’un affrontement militaire est certaine. L’Algérie paraît se mobiliser, elle aussi, et le général Ahmed Salah Gaid, patron de l’ANP, multiplie depuis des mois des tournées d’inspection dans le Sud algérien et dans les commandements frontaliers avec le Maroc. L’accident d’un avion militaire algérien, le mercredi 11 avril 2018, décollant de la base aérienne de Boufarik vers Bechar puis Tindouf a fait 257 morts, dont une trentaine de membres du Polisario. Preuve que le voisin de l’Est se prépare lui aussi. La polarisation conflictuelle se fera avec les suites qu’aura la situation créée par les séparatistes dans la zone tampon, et ce avec l’aide, le concours et l’encadrement de l’Algérie.

La paix? La guerre? C’est à Alger que se trouve la réponse. Compte tenu de la profonde crise du régime, l’option aventuriste n’est pas forcément à exclure; elle serait une manière de tenter un semblant d’«union nationale» s’inscrivant dans la perpétuation d’un pouvoir, dos au mur, enfoncé par toutes les hypothèques pesant sur la vie politique, de la crise sociale et économique à l’éventualité d’un cinquième mandat de Bouteflika en 2019…

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