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L’OMS accable le système de santé marocain

Une nouvelle vision pour sauver la situation

Pour mettre à niveau un système de santé décrié, le ministre de la Santé, Anas Doukkali, propose un plan prônant plus d’efficience dans les infrastructures et la reddition des comptes de la part des médecins et des responsables.

Le moins que l’on puisse dire est que le système de santé marocain est probablement le plus défaillant dans la région. Manque de moyens humains et logistiques, mauvaise répartition régionale des médecins, faiblesse de l’offre de soins, vieillesse des infrastructures hospitalières et absence de couverture médicale, ce sont là quelques-unes parmi les mille et une failles relevées par l’Organisation mondiale de la santé à l’encontre de notre système de santé dans son dernier rapport, rendu public début avril 2018. Un rapport pour le moins sombre, décrivant une situation chaotique d’un système qui s’est longtemps incliné vers la dérive.

L’OMS explique que le citoyen marocain souffre depuis de longues années d’un système de santé qui, malgré certaines réformes, n’a pas pu produire une offre de soins de qualité, capable d’alléger ses souffrances et répondre à ses attentes. Avec 7 médecins environ pour 10.000 habitants, le Royaume est certainement loin du standard international établi par l’OMS, qui stipule qu’il faut un médecin pour 650 habitants. Son budget de la santé, comptant pour seulement 6% dans le budget de l’Etat, est également en-deçà du niveau standard recommandé par l’organisation mondiale (entre 10 et 12%). Selon les récentes statistiques de 2017, le Maroc compte actuellement 25.000 médecins travaillant dans les deux secteurs public et privé.

Le Royaume espère atteindre en 2020 un ratio de 10 médecins pour 10.000 habitants grâce à un programme de formation de 3.300 nouveaux médecins annuellement, lancé il y a déjà quelques années. Mais, pour les experts, le problème de la couverture sanitaire ne réside pas seulement dans le manque de personnel mais aussi dans l’insuffisance des postes budgétaires ouverts annuellement par le ministère de la Santé: «A quoi sert de former un nombre important de médecins alors que seulement 2.000 postes budgétaires sont consacrés chaque année au secteur de la santé? », s’interroge, ainsi, un spécialiste.

Développement de l’offre
Depuis l’arrivée de Anas Doukkali comme ministre de la Santé, en janvier 2018, la tendance est peut-être à la mobilisation pour sauver ce qu’il y a encore à sauver. C’est ainsi qu’il a présenté devant le dernier conseil de gouvernement, qui s’est tenu jeudi 19 avril 2018, une nouvelle vision du plan de la santé à l’horizon 2025. Animé par des programmes efficaces et appuyé par une bonne gouvernance, «ce nouveau plan ambitionne de consacrer un système sanitaire cohérent prônant une offre organisée, de qualité et à la portée de l’ensemble des citoyens», estime Anas Doukkali.

Ce plan a été élaboré dans un cadre de concertation avec les acteurs au sein de l’écosystème de la santé publique, lequel est suivi d’une opération de concertation plus large avec l’ensemble des acteurs. Ce plan repose sur une vision unique basée sur six valeurs et trois piliers ventilés sur 25 axes et 125 mesures. La nouvelle vision prône, ainsi, pour ses concepteurs, les valeurs de la continuité, de la proximité, de la reddition des comptes, de la solidarité, de l’égalité, de l’efficience et de la qualité des services. Le premier pilier porte sur l’organisation et le développement de l’offre des soins dans un but d’améliorer l’accès aux services de santé, à travers notamment l’organisation de l’offre sanitaire nationale et le développement du réseau national, le renforcement du réseau des établissements de soin de base ainsi que le développement de la santé mobile dans le milieu rural, de la santé de proximité et de la médecine de famille.

Priorité nationale
Le deuxième pilier consiste au renforcement de la santé nationale et des programmes de lutte contre les maladies à travers la consolidation des programmes de la mère et l’enfant en tant que priorité nationale, le renforcement de la santé des personnes à besoins spécifiques, la lutte contre les maladies contagieuses et la mise à jour du plan national de la santé psychique et mentale. Concernant le 3ème pilier, il porte sur le développement de la gouvernance du secteur et la rationalisation de l’usage des ressources, en élargissant la couverture médicale de base, en remédiant au déficit constaté au niveau des ressources humaines, en améliorant les conditions de travail, en consolidant le cadre réglementaire et organisationnel du secteur de la santé.

Si le ministre de la Santé parle de certaines avancées réalisées dans le secteur, notamment en matière de maîtrise et prise en charge des maladies chroniques, l’augmentation du nombre de lits dans les hôpitaux et l’amélioration de l’accès aux services octroyés par les hôpitaux publics, il n’en demeure pas moins que cette évolution reste insuffisante et que le patient marocain n’est pas encore au coeur des stratégies publiques en matière de santé.

Faisant constat du déficit que connaît le secteur sur le plan des ressources humaines, des infrastructures et des moyens et de gouvernance, le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, affirme, pour sa part, lors du conseil de gouvernement, que le plan de santé à l’horizon 2025 permettra de proposer des solutions adéquates aux différentes lacunes dont pâtit le secteur de la santé. L’OMS ne peut, en effet, que s’en réjouir, à condition, bien entendu, que les résultats soient concerts et rapides.

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