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L’OIT fait le compte de nos chômeurs

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

LA POLITIQUE DE L’EMPLOI PASSÉE SOUS SILENCE

Combien le Maroc  compte-t-il de chômeurs?  A l’heure de  toutes les rentrées,  les chômeurs constituent  cette catégorie un peu spéciale  qui ne rentre pas. Plus précisément,  qui n’a pas où rentrer.  Une caractéristique qui les rendrait  plus facile à quantifier. C’est  vite dit.

L’Organisation international du  travail (OIT) vient de livrer un  chiffre qui n’est pas loin de la  vérité. Entre 13 et 16% des Marocains  de 15 à 24 ans, quel que soit  leur niveau d’instruction ou d’apprentissage  professionnel, sont  condamnés à une oisiveté forcée  qui peut s’avérer dangereusement  mauvaise conseillère.

Nous sommes loin de la fourchette  officielle, qui balance entre 9 et  10%, à la virgule près. Dans ce cas  d’espèce, la virgule de cette préciosité  statistique peut valoir son  pesant de chômeurs.  L’OIT ne travaille pas sur la base  des chômeurs non déclarés que  les recenseurs attitrés se font un  plaisir d’ignorer. Sa population de  référence se limite aux chômeurs  qui se déclarent es-qualité, en  bonne et due forme.

C’est d’ailleurs la condition exigée  par des institutions marocaines  directement ou indirectement  en charge du chômage. Nous  sommes donc face à deux types d’organismes dont la compétence  sur la question est reconnue: D’un  côté, la Direction des statistiques  du ministère des Finances; le HCP;  l’ANAPEC et la banque du Maroc  à travers son calcul du taux de  croissance.

D’un autre côté, l’OIT, organisme  de l’ONU dont elle est largement  antérieure et qui ne peut être suspectée  de gonfler ou de minorer le  volume des chômeurs au Maroc.  Pour en avoir le coeur net, par  nous-mêmes, il suffit d’imaginer  un sondage à partir d’une question  simple: entre les 13-16% de  l’OIT et les 9-10% officiels, lequel  de ces deux chiffres reflète-t-il la  réalité du chômage au Maroc? Au  risque de tomber sous le coup de  l’interdit pénal du ministre de l’Intérieur,  Mohamed Hassad, sur le sondage à caractère politique, la  réponse tombe sous le sens.  Elle est dans toutes les familles et  elle est bien supérieure aux investigations  de tous bords.  Le taux de chômage réel frôle les  25% d’une population abusivement  dite active, car elle est en  âge de travailler sans pouvoir travailler.

Cette mère des questions devrait  même être la clé de voûte des  programmes des partis politiques  pour les législatives du 7 octobre  2016.  Lorsque l’on parcourt les grandes  lignes de la politique générale  des partis, ce ne sont que des  lieux communs, un catalogue de  bonnes intentions qui déborde de  générosité. Il n’y a aucune espèce  de précision sur le mode d’intégration  de l’emploi dans un processus  de croissance économique  général ou sectoriel.  Par contre, les coupes draconiennes  dans les budgets des  domaines à caractère social  passent sous silence alors qu’elles  ont vocation à s’aggraver. L’Etat  employeur, c’est presque définitivement  fini.

Il s’agit d’une ligne de fond stratégique  qui n’augure rien de bon  pour la prochaine législature. Il  faut juste avoir le courage de le  dire au bon peuple électeur. Rien  ne ressemble plus à un chômeur  qu’un autre chômeur.

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