Dépêche
Accueil » Société » Loi sur l’avortement, controverse et lignes de partage

Loi sur l’avortement, controverse et lignes de partage

CREDIT PHOTO: MAP

CREDIT PHOTO: MAP

Une loi sous influence

RÉGLEMENTATION.  Les associations  féminines estiment  que la grossesse non  désirée, le phénomène  des “enfants de  personne” et l’inégalité  des femmes devant  l’avortement, n’ont pas  été pris en compte. Le  débat reste ouvert.

L’avortement et sa  réglementation, difficile  d’imaginer une question  autrement plus sensible;  plus potentiellement sujette à  réactivité largement répandue; plus  porteuse d’un ensemble complexe  de convictions arrêtées, d’une part;  et d’approche moderniste quelque  peu transgressive d’un tabou  convenu, d’autre part. Toutes les  raisons étaient réunies pour que le  projet de loi sur l’avortement soit  attendu.

On en a eu un premier aperçu lorsque  S.M. le Roi a reçu la commission  interministérielle chargée du dossier,  le vendredi 15 mai 2015, où étaient  présents les ministres de la Justice et  des Libertés, Mustapha Ramid; de la  Santé, Houcine El Ouardi; des Affaires  islamiques, Ahmed Taoufik; ainsi que  le président du Conseil national des  droits de l’Homme, Driss El Yazami.  Le projet de loi prévoit trois cas  où l’avortement est permis et  légalement conforme aux percepts  religieux: lorsque la grossesse  constitue un danger pour la santé  de la femme; lorsqu’il y a viol  ou adultère; ou lorsque le foetus  présente un risque avéré de maladies  dégénératives. Tout ce package précautionneux était tellement entendu  qu’il semble correspondre à un seuil  minimum de normalité ordinaire. Il  faut, tout de même, préciser que c’est  la première fois que ce sujet fait l’objet  d’un effort de législation.

Par ailleurs, il est tout à fait  compréhensible que ce projet de loi  pouvait difficilement aller plus loin. À  moins de toucher aux fondamentaux  d’un régime où la séparation du religieux  et du politique n’est pas concevable.

Des “enfants de personne”
D’aucuns pensent, malgré tout, qu’une  autre lecture, un peu plus audacieuse,  du rite malékite était possible; quitte à  s’ouvrir sur les autres écoles sunnites.  Fouzia Assouli, présidente de la Ligue  démocratique des droits de la femme,  n’y est pas allée par quatre chemins.  Elle considère que la criminalisation  de l’avortement, toujours en vigueur,  est un leurre puisque 600 à 800 cas de  ce type sont pratiqués chaque jour. Le  principe de grossesses non désirée n’a  pas été retenu, alors même qu’il est à  l’origine du phénomène des “enfants  de personne” qui errent dans les rues  et gonflent les rangs de la délinquance  juvénile. L’interruption volontaire de grossesse (IVG), pour Mme Assouli,  est une nécessité sociale qui ne  peut être assimilée à un moyen  contraceptif ou à un planning  familial. Pour elle, «la femme est une  entité, corps et sensibilité, et non un  corps détaché de l’être, comme le  laisse entendre le projet de loi».

Pour clore son raisonnement, la  militante féministe met en garde  contre l’approfondissement des  disparités sociales entre les femmes  qui ont les moyens de se faire avorter  dans les meilleures conditions; et  celles qui, en désespoir de cause,  s’adressent à des apprentis-sorciers,  au risque de leur vie.
La société civile a-t-elle été  suffisamment associée à la  réflexion qui a produit ce projet?  Ses promoteurs officiels assurent  que oui, les activistes associatifs  soutiennent que non. On reproche,  particulièrement à Mustapha Ramid,  d’avoir toujours été contre toute idée  de légalisation de l’avortement,  avant même qu’il ne soit ministre.  Le débat reste ouvert et chacun peut  s’exprimer librement sur le sujet.  C’est déjà ça.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !