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UNE LOI, ÇA SERT À QUOI ?

Driss Fahli

NOUS NE SOMMES PAS LE SEUL PAYS À PRODUIRE DE L’INAPPLICABLE.

La loi, ça sert à quoi? Cette question m’a toujours turlupiné la tête sans que j’y trouve dans la pratique, matière à réponse satisfaisante. A l’école, on m’a appris que c’est une règle de droit qui règle la vie en société et qui fait la différence entre nous, humains convaincus de l’idéal de justice et le monde des animaux où la loi du plus fort ou du plus rusé est celle qui l’emporte toujours. Nous, contribuables lambda, nous ponctionnons notre revenu pour alimenter les poches des élus pour nous fabriquer des lois qui ne servent souvent que l’intérêt d’une oligarchie. Tenez, pour le Maroc par exemple, il y une loi qui interdit le travail des mineurs, une autre qui punit leur traite et leur vassalité et même une troisième qui oblige la petite bonne à être à l’école au lieu de trimer pour les familles esclavagistes des quartiers aisés de Casablanca ou Rabat.
Cela n’arrête en rien l’exploitation de ces pauvres filles, qui reçoivent, en guise de salaire, bastonnades et humiliations par des patronnes asservisseuses et bourgeoises parvenues en mal de jouissances. Parfois ces petites bonnes sont violées par le maître de maison ou son fils ado. Elles servent de sex-école et se trouvent une fois enceintes et virées dans le circuit kafkaïen des filles mères.

En 2004, sous la pression du journal Le Monde, du BIT, le ministre de l’Emploi s’est mis pianissimo au travail pour pondre 4 ans après, un super flyer publicitaire du ministère de l’Emploi, estampillé UNICEF qui raconte des bobards en langage de bois. Le législateur lui, s’est fendu en août 2016, soit 12 ans après, d’un texte en attente de décrets d’application, qui non seulement légalise le travail des mineurs entre 16 et 18 ans mais qui plus est, reste totalement inapplicable en raison de l’absence d’outils juridiques de contrôle, de sacralité des domiciles, du nul pouvoir de l’inspecteur du travail et de la qualification mineure des infractions.
Autrement dit encore un texte qui ne peut pas être appliqué à l’image des lois relatifs aux vendeurs à la sauvette, à l’occupation de l’espace public, à la mendicité, à la consommation d’alcool, au respect du code de la route, à la consommation de cigarette dans les lieux publics, à la corruption, la prostitution, etc. Cherchez donc la faille. Je suis donc tenté de dire qu’à l’exception de quelques rares pays, la seule loi qui marche, est celle qui est faite pour protéger ceux qui ont le pouvoir de la violer. Partant de là, et sachant que les juristes font cinq années de droit à la fac et le reste en zigzag dans les instances, j’avais pris l’habitude dans le choix de mes défenseurs, de privilégier ceux qui connaissent les juges à ceux qui connaissent la loi.

Maintenant, il faut rendre à Auguste ce qui appartient à Caesar. Nous ne sommes pas le seul pays à produire de l’inapplicable. D’autres pays et pas des moindres, ont eu à subir des lois ridicules. De 1800 à 2013, en France, il était interdit à une femme parisienne de s’habiller en pantalon, d’appeler un cochon Napoléon et chaque maison de France devait avoir une botte de foin chez elle au cas ou le Roi passerait devant elle avec son cheval. De même qu’il était interdit aux soucoupes volantes d’atterrir en ville.
Le plus hilarant c’est en Angleterre ou une femme enceinte pouvait légalement uriner dans le casque d’un bobby policier. En Ecosse, tout passant peut se présenter à votre porte, uriner, déféquer et excrémenter dans vos toilettes en toute légalité. En fin de compte, c’est quoi, une loi? Ça me turlupine toujours la tête

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