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L’objectif zéro mika est loin d’être atteint !

Les sacs en plastique continuent d’être distribués dans la plupart des marchés, notamment dans le nord du pays. Des fabricants informels détournent l’usage de la matière première pour en produire.

Qui aurait pensé un seul moment que des industriels informels utilisent du plastique destiné à la fabrication de bidons d’huile, de bassinettes et de tuyaux pour fabriquer encore des sacs, censés êtres interdits? Cela se passe pourtant sous nos cieux. Un point noir qui entache une page blanche dans l’histoire de la fabrication et de la commercialisation des sacs en plastique nocifs à l’environnement et difficilement dégradables au Maroc. Malgré un bilan positif, de l’avis même des industriels et des représentants de la profession, du premier anniversaire de l’opération Zéro Mika, diligentée par le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, suite à l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2016, de la loi n°77-15 interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en plastique, l’objectif Zéro Mika est encore loin d’être atteint.

Abdelaziz Lazrak, président de l’Association marocaine des fabricants du tissu non tissé et trésorier de la Fédération marocaine de plasturgie, y voit un bilan positif tenant compte de la raréfaction de l’offre, d’une part, et, d’autre part, des efforts inlassables déployés par le ministère de l’Industrie dans le contrôle des unités industrielles.

Mais il y a toujours un “mais”. Le “mais”, ici, est inhérent au relâchement observé par les contrôleurs du ministère de l’Intérieur au niveau des marchés du Royaume. “Nous avons senti et constaté un relâchement de la part du ministère de l’Intérieur, qui a diminué, voire mis en veilleuse, ses campagnes de contrôle dans les marchés. Dans le nord du pays, à Medieq et Fnideq particulièrement, et cela est visible à l’oeil nu, seuls les sacs en plastique continuent d’être commercialisés par les marchands. Quelle image véhiculons-nous pour un pays qui a abrité la COP22’’, se désole M. Lazrak. Les nouveaux fabricants sont inconnus au bataillon. “Avant, il y avait des distributeurs formels connus qui achetaient de fabricants informels tout aussi connus. Aujourd’hui, on ne connaît même plus qui sont ni où ont implantées leurs fabriques. Ils déclarent l’importation de la matière première à des usages licites tandis qu’ils les utilisent et adaptent pour en faire des sacs’’, confie Abdelaziz Lazrak.

Certains avancent que les consommateurs marocains ont toujours du mal à couper le cordon et qu’ils se sont trop habitués aux sacs en plastique à cause, notamment, de leur prix intéressant comparé à celui du sac en papier ou du sac en tissu non tissé qui font office actuellement d’alternative. Celui- ci coûte 1 dirham.

«Sortie d’usine, le prix d’un sac en tissu non tissé n’excède guère 30 centimes», révèle Lazrak. Les intermédiaires se chargent de porter le prix à un dirham. Durant les premiers mois, et avant de réaliser des économies d’échelle, les industriels formels vendaient le sac en tissu à 1,2 dh/unité sortie d’usine. Aujourd’hui, le prix a nettement baissé pour en permettre un usage plus fréquent et à un prix abordable. Ils ont pourtant consenti des investissements colossaux. Une machine et ses accessoires (soudeuses) importés de Chine coûtent en moyenne 5 millions de dirhams. Chaque unité consomme en moyenne 300 tonnes par mois de matière première (4,5 millions de dirhams), en l’occurrence le polypropylène, pour fabriquer des sacs à la fois légers et solides, dégradables en deux mois seulement, composés de fibres synthétiques de polypropylène et constitués à 90% de matières recyclables. La matière première est importée de l’Arabie Saoudite, troisième producteur mondial de polymères, et qui offre le meilleur rapport qualité/prix.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le polypropylène entre dans la fabrication d’autres produits destinés à l’usage médical ou sanitaire (couches bébés…). C’est dire que la reconversion, subvention par le ministère de l’Industrie à travers un fonds spécial, ouvre de nouvelles brèches. Le retour sur investissement est garanti. A condition que le ministère de l’Intérieur mette les bouchées doubles pour serrer l’étau autour de l’industrie informelle et polluante des sacs en plastique.

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