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L’informel gagne du terrain

Ahmed Lahlimi Alami.

Ahmed Lahlimi.

Au moment où certaines entreprises  structurées de l’économie  nationale n’arrivent pas à  s’en sortir, la sphère de l’informel  arrive à tirer son épingle du jeu. Créant  non seulement plus d’un dixième de la  richesse nationale en 2013 (une valeur  ajoutée de 104 milliards de dirhams, soit  11,5% du PIB) mais, surtout; employant  pas moins de 24.000 personnes par an en  moyenne sur la période 2007-2013. Soit  l’équivalent d’un volume global d’emploi  de 2,376 millions de postes en 2013,  représentant plus de 36% des emplois  non agricoles à l’échelle nationale. C’est  ce qui ressort de l’enquête nationale sur  le secteur informel menée en 2013/2014  par le Haut Commissariat au Plan (HCP)  et dont les principaux résultats ont été  présentés le mercredi 12 octobre 2016  par Ahmed Lahlimi.

La sphère informelle ne laisse pas indifférent.  Certains, notamment parmi les  membres adhérents à la CGEM, l’accablent  de tous les maux dont souffre  le secteur dit «organisé», tandis que  d’autres lui prêtent l’avantage de représenter  un filet de sécurité pour ceux qui  ont soit perdu leur emploi, soit n’ont pas  tout simplement trouvé d’emploi. Un  véritable refuge pour ces milliers de chômeurs  urbains, dont les deux-tiers n’ont  quasiment aucun niveau d’instruction ou  au meilleur des cas un niveau primaire.  Seuls 28,4% d’entre eux ont un niveau  secondaire et moins de 4% un niveau  supérieur.

Faire preuve d’imagination
La majorité des créateurs, sur initiative  personnelle, des 1,68 million d’unités  informelles, notamment dans les secteurs  du commerce, des services et du BTP,  sont des salariés de sexe masculin ayant  déjà travaillé. Plus de la moitié de ces  micro-unités de production informelles  (UPI) ne disposent pas de local fixe. Elles  sont moins de 20% à déclarer s’acquitter  de la taxe professionnelle. Soit un  manque à gagner dommageable pour les  finances de l’État. Au-delà de la mise en  marche du statut de l’auto-entrepreneuriat,  les pouvoirs publics doivent tout faire  pour élargir l’assiette fiscale en ouvrant le  chantier de l’intégration à cette catégorie  d’entreprises dans le giron d’une fiscalité  soutenable et durable.

Ne pouvant accéder facilement au crédit  bancaire, les créateurs de ces centres  de production informels n’ont eu d’autre  recours que s’autofinancer dans 80% des  cas. Seuls 11% des créateurs d’UPI dans  l’industrie et 5,9% dans le BTP ont eu la  chance de contracter des crédits bancaires.  Le secteur bancaire, lui aussi, doit  faire preuve d’imagination en essayant de  trouver les mécanismes adéquats pour  rendre ce genre de clientèle bancable et  finançable.

Bien que peu capitalistique, la sphère  informelle a généré pas moins de 410 milliards  de dirhams de chiffre d’affaires (soit  un chiffre d’affaires moyen de 245.000  dirhams par centre de production informel).  Il a aussi généré 11,4 milliards de  dirhams de salaires (soit près de 4% de  la rémunération salariale nationale). Un  salariat qui reste néanmoins faible (17,2%,  contre 45% au niveau national) et dont la  caractéristique fondamentale demeure la  forte précarité et instabilité. Pas de quoi  être fier

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