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L’immortel ami

Recueil de vers libre de Jiddu Krishnamurti

L’immortel ami est un recueil de vers libre qui chante l’initiation, puis la transe de son auteur, Jiddu Krishnamurti . Un voyage dans le sens soufi du mot qui aboutit à dieu, non sans osmose, en passant par maître et nature.

Ici, Krishnamurti se livre à l’enthousiasme du vers libre pour ainsi se hisser à une espèce de verticalité. Qui dit verticalité ici, dit dieu. Mais un dieu que l’on recherche paradoxalement dans une horizontalité, ou de la naïveté douce du vers ici, une recherche à travers les éléments ou la nature. Un dieu qui a le sens de l’ubiquité, sans pour autant que ce soit celui de Spinoza, car il ne se confond pas pour autant avec tout ce qui vit. C’est plutôt un dieu traversé par l’univers, et ce qui y vit. Ici Krishnamurti se veut plus soufi que spinoziste.

Car lui-même se confond avec dieu, il s’y trouve en quelques sortes. Ça nous rappelle Ibn Arabi, qui fut accusé par les siens d’hérésie et de là tué. Tué pour avoir dit que ne restait en lui que Dieu. Pour dire ainsi qu’il s’est purifié du monde des sens, et qu’il est allé du dépouillement jusqu’à l’apaisement, jusqu’à dieu. De même Krishnamurti ici étant d’abord un novice, ou ce qu’on appellerait en terme soufi «Murid» puis emprunteur du chemin de la connaissance, ou «voyageur» comme disent les soufis.

Mais à l’évocation de l’habit jaune, puis de l’intercesseur, de même qu’il y en a un chez les soufis qu’on appelle «cheikh», mais que lui, ici, au lieu de l’appeler Maître, l’appelle plutôt Gourou, on est prêt à penser qu’il s’agit là plutôt du boudhisme. Un maître qu’il tient pour lieu de confidence, celle en rapport à dieu. Ou ce qu’il appelle son bien aimé.

Aussi, l’auteur ici ne manque pas de fusionner avec le maître en question. Il est, dans l’extase, à la fois dieu et maître. On fait vite de comprendre que le critère axiologique premier de cette quête spirituelle est plutôt la vérité qu’autre chose. S’ensuivent de près la beauté et la sérénité. Mais Krishnamurti ici, contrairement aux siens, peut échapper au blâme nietzschéen du fait qu’il s’écarte d’un dogmatisme dualiste et essentialiste.

Une grimace de ce monde
Pour rappel, Nietzsche dans son bien et mal, et après avoir dit qu’afin que toute chose s’imprime dans le coeur de l’humanité avec des exigences éternelles, elle doit d’abord parcourir le monde sous forme de caricature grimaçante… l’une des grimaces de ce monde ayant été le platonisme en Europe puis le Vedanta en Asie. Krishnamurti ici n’est pas védantiste, il ne pense pas que le bien soit fait d’une essence pure et divine, et que le mal, le mauvais, eux, sont d’une essence médiocre, la preuve c’est que Krishnamurti cherche son dieu tant sur les lieux de la beauté que la laideur.

Non Krishnamurti n’est pas un dualiste, il sait que le bien participe du mal, comme le mal du bien, et que l’un comme l’autre peuvent être un moyen d’accéder au divin. Comme un médium…autre point important à soulever serait à la fois cette mise sur piédestal du bon dieu qui tient de la sacralité, et de la, non pas profanation, mais familiarisation profonde qui va jusqu’à l’appeler, comme le veut le titre du livre, L’immortel ami. Comme si Krishnamurti veut être un Abraham, un intime de dieu, bien qu’ici l’élection soit inversée…

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