Dépêche
Accueil » Chronique » Les lignes de conduite des économies nationales

Les lignes de conduite des économies nationales

Abdellatif Mansour

Le traitement FMI

La dernière évaluation de  l’économie marocaine  par le FMI, au titre de  l’exercice 2016, lors de  son conseil d’administration  tenu le vendredi 27 janvier  2017, est à double facette,  de bout en bout contradictoires.  La première partie fait l’éloge  d’une macro-économie “saine”,  grâce «aux réformes qui ont aidé  à réduire les vulnérabilités intérieures  et extérieures, et augmenter  la diversification économique  ». Jusqu’ici, nos décideurs  attitrés ont de quoi être sensibles  à ce satisfecit du grand ordonnateur  de la finance mondiale.

On s’arrêtera tout de même sur  le vocable “vulnérabilité” qui  aurait été “réduite” suite aux  réformes entreprises ou mises  en attente dans le pipe. Une promenade  vigilante dans le panorama  social du pays soutiendrait  aisément l’inverse. Les vieilles  fractures historiques de notre  société s’approfondissent; alors  que de nouvelles apparaissent.  Ce ne sont pas les encadreurs  des différentes œuvres caritatives,  et autres intervenants sous  l’emblème de la société civile, qui  diront le contraire.

Il n’est un secret pour personne,  encore moins pour les catégories  directement concernées, que la  pyramide de la stratification  socio-économique s’est affaissée  par le bas; comme pour vérifier la  théorie de l’attraction terrestre.  C’est particulièrement la classe  moyenne qui en a fait les frais en  devenant toujours un peu plus  vulnérable.

Par contre, ce qui est à vérifier  ce sont les jumelles des technos  du FMI qui nous zyeutent depuis  leurs bureaux de Washington.  Amadoué par les États et craint  par les peuples, le FMI fixe les  lignes de conduite des économies  nationales. Il s’en sert  comme critère pour juger de la  solvabilité des postulants à ses  créances; mais il n’offre aucune  garantie quant aux retombées  sociales.

Comme pour éviter de s’exposer  à un cas de conscience qu’il n’a  jamais eu, le FMI pousse la correction  jusqu’à avertir des risques  encourus. Pour ce qui est du  Maroc, le FMI attire l’attention sur  le chômage endémique parmi les  jeunes, qui a atteint 11,8%, soit  une cote d’alerte qui n’augure  rien de bon. Il pointe également  une accentuation de l’inflation  au rythme de 1% par an, ce qui a  entraîné une hausse substantielle  des prix des denrées alimentaires  et de l’énergie.

Une situation de crispation  sociale que l’environnement  régional et ses tensions sous-jacentes  ne peuvent qu’aggraver.  C’est précisément à ce niveau  que l’on mesure toute l’ambivalence  des directives du FMI.  Les prochaines réformes, fortement  conseillées par le FMI vont  dans ce sens. Du coup, elles sont  fermement déconseillées par la  gauche résiduelle de l’échiquier  politique.

Surtout que les consignes pour  2017 sont encore plus draconiennes  que ce que l’on a connu  jusqu’à présent.  En gros, la machine des privatisations  devrait embarquer tout ce  qui fonctionne avec les deniers  publics, en première ligne l’enseignement  public et la santé  publique. Au final, seul l’Etat,  avec ses zones de pouvoir régalien  y échappe. Et encore…

En somme, les deux facettes du  diagnostic du FMI prescrivent le  traitement à suivre, tout en mettant  en garde contre ses effets  secondaires parfois désastreux.  Une médication à haut risque

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !