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L’HYPOTHÈSE D’UNE DÉMISSION

Mustapha Sehimi

Saâd Eddine El Othmani, Chef du gouvernement

Parler d’une démission à deux reprises, ces dernières semaines, ne conforte pas un climat de stabilité.

Voilà que la pratique institutionnelle de quelque six décennies s’enrichit d’une donnée nouvelle: celle d’une menace de démission du Chef du gouvernement. Surprenant! Inédit, aussi!…

De quoi parle-t-on? D’une première déclaration de Saâd Eddine El Othmani, le 4 août 2017, affirmant devant les jeunes de son parti que «le jour où le parti nous demande de nous retirer de la coalition gouvernementale, nous allons partir». Un effet de style, une formulation toute logique en ce sens que cette proposition est toujours vraie. Mais alors pourquoi une telle sortie? Il s’en explique de manière passablement laborieuse, arguant que c’était «pour affirmer que j’entends le message royal et que nous allons tous oeuvrer pour que les instructions royales ne restent pas lettre morte»; que le Souverain «a appelé à la responsabilisation des partis et des acteurs politiques; qu’il a voulu ainsi faire valoir une question éthique, de valeurs politiques et de principes».

Convaincant tout cela? Pas vraiment. C’est qu’en effet l’agenda, le 4 août –six jours après le discours du Trône– n’est pas neutre. S.M. le Roi avait dressé à cette occasion un sévère bilan de l’état des lieux couvrant les politiques publiques de la compétence du gouvernement, l’administration –dont le chef hiérarchique est le Chef du gouvernement– les partis, les élus… Ce n’était pas un satisfecit, tant s’en faut. Pour un nouveau cabinet formé quatre mois auparavant, la charge était lourde, frontale même. De quoi ébranler le nouveau Chef de gouvernement PJD, succédant à Abdelilah Benkirane, dirigeant de ce même parti, lequel s’en est pris au passage à «certaines parties (qui) n’avaient pas voulu que cette coalition voie le jour». Lesquelles? il est resté dans l’allusif sans que l’on sache s’il visait le PAM –mais était-ce le cas compte tenu de la position de ce parti depuis 2011– ou plutôt ses alliés de la majorité (RNI, surtout) dont des élus étaient critiques à son endroit.

Quatre semaines plus tard, le 11 septembre, M. El Othmani présente son bilan baptisé «120 jours, 120 mesures» –diversement accueilli, d’ailleurs– et rejette des rumeurs faisant état de divergences et même de divisions éloignées des exigences d’union et de solidarité. Affaire classée, pourrait-on dire. Pas vraiment puisque ce 8 octobre 2017, il revient sur l’hypothèse d’une démission pour préciser qu’elle peut se faire «si c’est dans l’intérêt du parti et de son unité». Y a-t-il donc eu des éléments nouveaux le poussant dans ce sens? Il l’a fait dans un tweet –comme Donald Trump… qui privilégie ce mode de communication- alors qu’apparemment aucun élément nouveau ne pouvait le pousser à faire part de ce rappel.

De fait, deux éléments ont sans doute été pris en compte. Le premier, c’est le mauvais score du PJD lors des dernières élections législatives partielles, la participation électorale moyenne ne dépassant pas les 12%. Où est l’élan de 2011 et de 2016? Où sont passées les ferveurs mobilisatrices de la formation islamiste? Dans certains rangs du PJD, un tel recul est imputé à M. El Othmani sur la base, peu ou prou, du compromis qu’il a consenti en mettant sur pied une formule gouvernementale qui n’avait pas été acceptée durant six mois par M. Benkirane, alors Chef de gouvernement désigné. Quant au second élément, il regarde des questions internes en débat au sein de sa formation: amender ou non les statuts pour permettre à Benkirane de solliciter un nouveau mandat? Instituer l’incompatibilité entre la qualité de membre du gouvernement et celle de membre du Secrétariat général? Enfin, faut-il poursuivre sur la base de la présente coalition alors que le parti de l’Istiqlal se repositionne en se détachant du PJD pour rejoindre, à terme, une majorité –la même ou reformatée, peut-être même sans la formation islamiste?

En tout état de cause, parler d’une démission à deux reprises, ces dernières semaines, ne conforte pas un climat de stabilité et pèse sur la crédibilité de ce cabinet. Les réformes devant être entreprises ou poursuivies, qui vont sans doute être redéfinies et accélérées avec le discours royal devant le Parlement, le 13 octobre, ont besoin d’un environnement stabilisant, sécurisant, garant de la prévisibilité d’une action gouvernementale d’ici 2021 et même au-delà.

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