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L’homme et la terre

Pluie de sueur, de Hakim Belabbes grand prix du festival national du film 2017

Un film qui tourne autour de deux éléments. A savoir l’eau et la terre. Comme le symbole d’une terre capable et de vie et de mort.

On croirait lire du Steinbeck, jusqu’à un moment… il s’agirait là plus des résines d’une cassure plutôt que d’une colère et de raisins réunis. Un film qui fait vite d’annoncer les couleurs d’une terre qui, quoique sèche, risque une saisie bancaire. Ce n’est pas l’industrialisation, comme le cas du livre, qui guette d’un oeil rapace la parcelle de terre de pauvres paysans mais plutôt le sort puis la mauvaise nature. Le drame se veut l’ouvreur du film. Mbarek, pauvre paysan, est tenace à l’idée de préserver la mémoire des siens. Ses ancêtres. La terre se veut le symbole de ce relais, comme qui dirait une couronne que l’on transmet de père en fils. Honte à celui qui ferait péricliter cette dynastie… de plus que le devoir quasi-religieux qui s’accapare de Mbarek, il en est un, tout aussi sacré: Sa famille. Une famille dont il est l’unique pourvoyeur de vivres.

Comme un malheur peut en appeler un autre, Mbarek est père d’un trisomique, Ayoub, et chargé d’un père souffreteux. Mais comme pour restituer un idéal familial inhérent à l’esprit ancestral, il fallait boucler la boucle par Aïda, la femme de Mbarek, comme un bouclier contre l’antipathie du sort. Un film qui tourne autour de deux éléments plutôt que les cinq d’Aristote. A savoir l’eau et la terre. La teinte religieuse du film ne manque pas de nous renvoyer au verset qui suit «C’est d’elle (la terre) que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d’elle Nous vous ferons sortir une fois encore». Comme le symbole d’une terre capable et de vie et de mort. A titre égal avec l’eau «Et nous avons fait de l’eau toute chose vivante» car Mbarek, et du début jusqu’à la fin, remue tous les diables pour redoubler la percée de son puits, qui, hélas, resta sec… du moins de ses jours.

Un côté glauque
La terre donc comme élément premier qui, d’un côté, prit Mbarek d’épuisement puis de mort, mais qui offrit son puits à sa créature, car c’est ainsi que Mbarek hélait son fils Ayoub… Autre chose importante, le film est parsemé de prophéties que le téléspectateur doit chercher. Oui, il peut être devin. La mort d’une brebis peut augurer la mort de Mbarek, comme la mise à bas endiablée d’un cheval peut aussi bien augurer la fausse couche de Aïda. C’est curieux de voir comment l’homme occupe tantôt la place de l’animal, tantôt celle de la nature. C’est tout juste si le film ne nous dit pas d’une ancestralité évolutionniste qui va bien au delà de l’homme.

Comme si Ibn Arabi chuchotait la structure du film selon quoi l’homme serait passé d’abord d’un stade végétal, animal puis humain. D’où la délicate symbiose de ces éléments dans ce film, où l’un interpelle imperturbablement l’autre. Le film ne manque pas de laisser filtrer un aspect glauque. Ceci dit, la laideur ne lui fait pas peur. On peut y voir en gros plan un poulet cru, dont les abats débordent, et où le couteau frappe. Comme on peut y voir des pieds sales, ou des ongles encrassés. C’est que, peut-être, la misère est tellement banalisée que le réalisateur tend ici à la gloser par des détails salissants. C’est que la misère n’est pas un détail…

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