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L’héritage au féminin

Wissam El Bouzdaini

Wissam El Bouzdaini

Prise en tenaille entre tradition  et modernité, entre deux forces  centrifuges d’apparences  antagoniques mais pourtant  complémentaires, la société marocaine  est en cette moitié des années 2010 en  ébullition. Dernièrement, c’est par le  biais de la question de l’héritage que la  confrontation entre les deux camps a  rebondi dans l’actualité. Du point de  vue de l’Islam, la femme ne peut hériter  que moitié moins qu’un homme. En  cela, les théologiens s’appuient sur  un commandement, ou plutôt une  recommandation si l’on s’en tient  au sens premier de la formulation, du  Coran, livre considéré comme saint par  les Musulmans.

C’est le fameux onzième verset de la  sourate des «Femmes»: «au garçon la part  de deux filles». Partant, cet édit, que le  caractère divin du texte coranique rendrait  imprescriptible, ne saurait souffrir aux  yeux de la majorité des exégètes aucun  effort de relecture. Dans un récent rapport,  présenté le 20 octobre 2015 dans la  capitale, Rabat, le Conseil national des  droits de l’Homme (CNDH), qui répond à  des prérogatives constitutionnelles, invite  cependant à revoir cette disposition, sous  l’angle «droit-de-l’hommiste» de l’égalité  et de la parité.

En effet, la législation en vigueur  participerait de la discrimination envers  les femmes. En cela, elle contreviendrait  non seulement à la Constitution, dont  l’article 19 fait de la femme l’égale de  l’homme en droits et libertés, mais aussi d’un certain nombre de conventions  internationales ratifiées par le Maroc, à  l’instar de la Convention sur l’élimination  de toutes les formes de discrimination  à l’égard des femmes. Bien sûr, les  milieux conservateurs n’ont pas manqué  d’opposer la levée de boucliers de rigueur  au CNDH, si l’on excepte le cas éloquent  de la Rabita mohammadia des Oulémas,  dont le secrétaire général Ahmed  Abbadi siège au conseil. Pourtant,  l’herméneutique islamiquepourrait  permettre, si l’on en fait une interprétation  moins dogmatique, plus en phase avec  «le temps et le lieu» contemporains,  de remettre la problématique au goût  du jour.

D’abord, à l’époque de la «Révélation»,  les hommes étaient seuls à contribuer  aux finances du foyer, comme le précise  d’ailleurs un autre verset (34) de la sourate  des «Femmes». Aujourd’hui, dans le  Maroc de 2015, neuf femmes sur dix  sont actives, et la tendance devrait aller  s’accentuant. Ensuite, la lecture littérale  du Coran prévaut-elle toujours? Les avis  divergent même parmi les docteurs en  sciences islamiques; cependant, l’on peut  préciser qu’un certain courant, représenté  notamment par le réformiste indien Syed  Ameer Ali, tend à considérer le texte non  comme une série de règles, mais comme  un référentiel épystémologique, c’est-àdire  ayant vocation à construire la Vérité,  non étant lui-même la Vérité.

En clair, poser la question: qu’aurait  dit le Coran si la révélation datait de  2015? Qu’il ait été révélé sur plus de 22  ans, non d’un coup; qu’il comprenne  des aspects évolutifs, notamment la  question de l’interdiction de l’alcool, qui  n’est advenue que dans un deuxième  temps, accrédite cette thèse. Ceci étant,  l’on peut déjà considérer comme «sain»  qu’un tel débat déchire les Marocains.

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