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L’État se désengage progressivement de l’éducation nationale au profit du secteur privé

A qui profite l’école ?

À défaut d’une bonne école publique pour tous, un enseignement de qualité pour quelques uns. Tarif prohbitifs dans les écoles privées. L’État s’en lave les mains.

La facture de la rentrée dans l’enseignement privé n’a pas encore été digérée, plus d’un mois après. Le sera-t-elle dans les prochains jours? Rien n’est moins sûr; car elle va en s’aggravant. Mis dans le contexte social du pays, les droits d’être dans un établissement d’enseignement privé dépasse l’entendement du rapport qualité-prix. Le tissu associatif a donné de la voix pour exprimer son indignation face à une marchandisation éhontée du système éducatif. En vain.

Certes, toutes les écoles qui poussent à chaque lopin de terrain non construit, ne sont pas à mettre dans le même sac. Mais même les plus mal classées sont jugées meilleures que l’école publique. Prenons une moyenne supposée représentative. Le tarif est de l’ordre de 1.500 Dh pour la maternelle; 2.000 Dh pour les petites classes du primaire; 2.500 Dh pour le collège et pas moins de 3.000 Dh pour le lycée. Il va de soi que si l’on prend pour cible le haut de gamme, il faut sérieusement majorer. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le coût de ce type d’enseignement, sa clientèle n’est pas faite que de familles aisées qui ne regardent pas à la dépense. Elle est de plus en plus majoritairement formée d’une classe moyenne qui se serre la ceinture et se prive pour y accéder. Y a-t-il un quelconque contrôle des tarifications pratiquées par les écoles privées? La réponse est catégoriquement négative.

Libéralisme outrageant
Elle émane du ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Hassad, qui en a fait l’aveu lors du rituel de la rencontre annuelle de la rentrée des classes. Pour lui, le ministère encadre la gestion pédagogique et les impératifs cognitifs; mais pas les droits d’entrée et de suivi. En clair, l’État se désengage de cet enseignement payant pour tout ce qui relève du rapport marchand avec les utilisateurs. Autrement dit, ce rapport obéit aux seules règles de la loi du marché.

L’État, dans les habits du libéralisme absolu, n’a pas à y intervenir. Oser dire que dans ce cas d’espèce, la marchandise en question n’est pas la fournée des légumes au marché de gros, mais l’éducation des générations qui tapent à la porte du futur, c’est prendre le risque de passer pour un attardé indécrottable. Suite à l’absence totale de l’État, les parents, par ailleurs contribuables de la chose publique, se retrouvent esseulés face à des patrons-directeurs d’écoles. Ils préfèrent cracher au bassinet sans sourciller.

Dans ce libéralisme outrageant, l’État encourage ouvertement l’enseignement privé, qui est passé de 4% en 1999 à 15% en 2015, pour friser les 20% actuellement. La tendance ascendante continue dans la perspective d’une implication de l’État à hauteur de 14% du budget public. Sans plus. Et le plus tôt serait le mieux, murmure- t-on dans les coursives des gouvernements successifs. La messe est dite. Plus que jamais, on peut faire la prière du mort pour une école publique de qualité qui garantit l’égalité des chances des enfants d’un même pays. Désormais, nous sommes à l’ère de l’enseignement de qualité pour quelques uns.

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