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L’ÉTAT MOU

Par Mustapha Sehimi

ASSISTONS-NOUS À LA FAILLITE DU DISCOURS OFFICIEL ET DE SES REPRÉSENTANTS PATENTÉS?

C’est avec des sentiments mêlés qu’il faut aborder ce qui se passe  à Al Hoceima. Comment déterminer au juste les responsabilités?  Cela ne suffit pas pour autant; il faut en effet aller plus loin et être  “constructif”. Comment?

La partie prenante la plus impliquée est assurément le gouvernement. Force est de  relever qu’il a passablement flotté. Après la première visite du nouveau ministre de  l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le 10 avril 2017, rien de bien probant n’a été enregistré.  En tout cas, ce déplacement n’a pas permis de mettre fin à la contestation. Celle-ci  a même repris de plus belle en s’élargissant et en s’exportant même à l’étranger  par des relais connus. La réunion du dimanche 14 avril 2017 des dirigeants des  partis de la majorité, à l’initiative de ce même ministre avec le Chef de l’exécutif,  Saâd Eddine El Othmani, n’a pas calmé les esprits, tant s’en faut. Elle a pris bonne  note des revendications des populations concernées mais en dénonçant leur instrumentalisation  par des groupes séparatistes. De l’huile sur le feu!

Pareille prise de position a dû être corrigée le jeudi 18 avril, par le Conseil de  gouvernement, qui a reconnu, cette fois, leur légitimité. Incohérence. Puis voilà  que le lundi 22 avril, un commando de sept ministres se rend sur place pour  mettre en avant la détermination des pouvoirs publics à réaliser tous les projets  socioéconomiques prévus par le programme “Al Hoceima, Manarat al Moutawassit  (2015-2019)’’ lancé par S.M le Roi, voici dix-huit mois. La délégation ministérielle  a détaillé l’affectation du budget général de 10 milliards de Dh pour les différents  projets lancés dans la ville.

Du nouveau? Pas vraiment; tout cela était listé. Alors? Le gouvernement a-t-il bien  fonctionné? Non. L’autorité de l’État s’est-elle affirmée? Pas davantage. Voir des  ministres piétons se faire interpeller et même rembarrer par des citoyens en colère  témoigne de la faible crédibilité du discours officiel et de ses représentants patentés.  Et puis comment évacuer le fait que cette contestation est métastatique et  qu’elle se réplique déjà à Beni Mellal, Safi aujourd’hui sans exclure d’autres villes  demain?

Ce gouvernement est déjà fragilisé par la crise qui, durant six mois, a conduit au  forceps à sa mise sur pied. Pourrait-il prévenir la principale leçon à tirer de cette  situation : pour se faire entendre, il n’y a que la contestation. Déclassés les structures  l’État, les partis et tout ce qui s’apparente au “système”. C’est là la rançon  d’un double phénomène : celui de l’État mou et celui de l’échec des formes de  représentation actuelles des citoyens

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