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L’Espagne accorde sa nationalité aux descendants des Sépharades

L'Espagne doit nécessairement apprendre à se réconcilier avec son Histoire. © Ph : DR

L’Espagne doit nécessairement apprendre à se réconcilier avec son Histoire. © Ph : DR

Quid des Morisques?

Reconnaissance. Le parlement espagnol vient d’accorder la nationalité espagnole aux descendants des Sépharades expulsés à la chute du Royaume de Grenade. Les Morisques, qui ont pratiquement connu le même sort, sont, eux, les grands oubliés de la décision.

Assurément, la décision  des Cortes Generales,  le parlement espagnol,  d’accorder la nationalité espagnole  aux descendants des Sépharades, ces  Juifs expulsés d’Espagne à la chute  du Royaume de Grenade en 1492,  est un grand pas en avant. Le texte  y afférent, adopté en session le 10  juin 2015, a été salué dans le monde  entier. Ainsi, notamment le président  de la Fédération des communautés  juives d’Espagne (FCJE), Isaac  Qerub Caro, a qualifié le moment  d’«historique».

La question se pose néanmoins  s’agissant des Morisques, ces  musulmans d’Espagne convertis  de force au christianisme en 1502,  malgré l’engagement précédent  des Rois catholiques dans le sens de  la préservation de la foi ancestrale  de ces communautés. Eux aussi ont  été voués aux mêmes gémonies.  Au XVIIe siècle, une série de décrets  du roi Philippe III les condamne à  l’exil. Ils ne bénéficient pourtant pas  aujourd’hui des mêmes égards, ni de  la même reconnaissance, que leurs  compagnons de sort sépharades.

Si dans son communiqué, dimanche  14 juin 2015, la Fondation Mémoire  des Andalous a qualifié la nouvelle  orientation du législateur espagnol  de «positive», elle a néanmoins  tenu à exprimer son «refus» que  le «crime» commis d’après elle à  l’encontre des Morisques n’ait pas  également été pris en compte. Elle  n’hésite pas, plus loin, à assimiler  «l’exclusion» des populations  morisques a du «racisme». Ce racisme tient-il vraiment lieu, cependant?  «Honnêtement je ne me permettrais  pas de verser dans le spéculatif, car  cela nous est secondaire», nous  confie le président de la fondation,  Mohammed Najib Loubaris. «Il est  secondaire car quelle qu’en soit la  nature, le droit des Morisques est bien  fondé». Il ajoute par ailleurs qu’«il  s’agit d’un devoir de mémoire», vis-àvis  des Sépharades et des Morisques,  deux composantes importantes de la  société nationale andalouse.

Se réconcilier avec l’Histoire
«Il y a précisément un problème  d’ordre éthique qui se pose», nous  explique pour sa part l’historien  Hassan Aourid, auteur en 2011 d’un  ouvrage à ce sujet, Le Morisque  (éditions Bouregreg). «Bien sûr,  l’Espagne demeure souveraine. Elle  est en droit d’accorder sa nationalité  à qui bon lui semble. Mais elle doit  nécessairement apprendre à se  réconcilier avec son Histoire, d’autant  qu’elle s’était engagée dans ce  sens en 2005 en étant à l’initiative  de l’Alliance des civilisations des  Nations unies». Par ailleurs, un autre  problème se pose. Parmi les milliers  de familles sépharades expulsées  d’Espagne, plusieurs se sont  converties depuis lors à la religion  musulmane. M. Aourid cite, entre  autres, certains membres des familles  Farchado, El Oufir, Karrakchou,  Achour ou encore Tredano. «Qui est  vraiment Sépharade, finalement?»,  se demande notre interlocuteur.

D’après M. Loubaris, «l’appartenance,  aussi bien des Sépharades que des  Morisques, à l’Andalousie est un  droit inaliénable». «Personne ne peut  renier ce droit, qu’il soit parlementaire  ou pas», résume-t-il.

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