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Les partis en roue libre

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Ah, les partis! Il est  de bon ton de les  critiquer. De les  dénigrer même.  De les disqualifier  souvent. C’est là ce que l’on  pourrait appeler un classique  de la vie politique. S’y ajoute  une rhétorique entretenue sur  ce qu’ils devraient faire pour  s’amender et assumer pleinement  leur mission: c’est le  sempiternel slogan “Il faudrait”  ou encore “il n’y a qu’à…”. Soit,  mais après, que fait-on? Personne  ne s’attarde à préciser le  modus operandi, autrement dit  les conditions et les modalités  de faisabilité d’une véritable  réforme du système partisan.  A telle enseigne que la dynamique  de changement est pratiquement  à la peine et qu’elle  ne peut être initiée et mise en  oeuvre que de deux côtés, l’un  lié au sommet et l’autre à la  base.
Au sommet? Il faut le dire tout  net: référence est faite ici à  l’éventualité d’une intervention  royale. Tout de suite, vont  s’élever de fortes voix poussant  des cris d’orfraie pour rejeter  ce as de figure.  Le Roi?, diront-ils. C’est le Roi  de tous les partis et ils argueront  que du fait de ce statut il  ne peut qu’être au-dessus de la  mêlée et de la compétition partisanes.  Ils pourront également  invoquer un autre argument: celui tiré de la nouvelle Constitution  de 2011. Cette loi suprême  a marqué une “rupture” par  rapport au précédent règne et  même avec la première décennie  de celui de S.M. Mohammed VI,  elle a, en effet, introduit une  monarchie semi-parlementaire  avec un Chef du gouvernement  issu du parti arrivé en tête aux  élections de la Chambre des  représentants.

Abdelilah Benkirane, leader de la formation islamiste du PJD,  dans l’opposition depuis une  quinzaine d’années, a été ainsi  nommé à la tête du cabinet. Un  principe démocratique consacré  dans la Constitution a reçu  à cette occasion sa pleine et  entière application.
Près de seize ans après son  intronisation, le Roi continue à  laisser les partis en roue libre,  face à leurs problèmes et à leurs  contradictions mêmes. Est-ce  une méthodologie optimale?  Sur le papier, pourrait-on dire, la réponse ne peut être qu’affirmative:  à chacun son “job”, le  Roi n’ayant pas pour mission ni  de régler les affaires des partis  ni d’oeuvrer pour la réalisation  de leurs programmes respectifs.  Mais, au regard de l’exigence du  renforcement de la démocratie,  l’argument plaidant en faveur  d’une régulation royale n’est  pas à écarter.
Quel spectacle offrent donc les  partis depuis deux ou trois ans,  et plus encore ces dernières  semaines! Les insultes, les  mises en cause des vies privées,  les dénonciations et les excommunications  sont proprement  affligeantes. Elles oblitèrent  lourdement tout le bien-fondé  du discours officiel sur le projet  de société répondant à la vision  royale et aux aspirations des  citoyens.
Si pareille situation perdurait,  le risque est grand de  voir s’élargir le fossé entre la  société, avec sa dynamique  extra-partisane; et le système  partisan, fermé sur lui-même,  baignant dans le populisme  sous diverses palettes et nourrissant  finalement un “conservatisme”.
L’option démocratique comme  modèle, oui? Mais avec des  démocrates, une culture appropriées  et une élévation du débat  national! Un défi à relever avec  les prochaines échéances électorales  2015 et 2016.

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