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Les législatives du 7 octobre ne suscitent pas l’enthousiasme

L’électeur, cet illustre inconnu

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Un électeur qui remplit son  devoir de citoyen en toute  connaissance de cause,  se pose quelques questions  préliminaires du  genre: qu’est-ce que mon vote pourrait  apporter comme amélioration ou aggravation  de ma situation sociale? Quelles  perspectives d’avenir promet-il pour  mes enfants? Y aura-t-il un tant soit peu  d’égalité face à la maladie et de prise en  compte de l’humanité d’un patient désargenté  dans les structures de la santé  publique et de ses hôpitaux?

L’éducation nationale offrira-t-elle les  mêmes chances, enfin presque, pour les  enfants du pays? Le logement dit social  continuera-t-il à être cette poule aux  oeufs d’or sur le dos des bidonvillois? Et,  plus grave encore, l’impunité non-dite  de détournement des deniers publics et  d’enrichissement illicite sera-t-elle enfin  levée? Tous les partis, à l’unisson, répondront  favorablement à ce questionnement  basique. Ce qui n’est pas fait, forcément,  pour les crédibiliser, un peu plus.  Pendant longtemps on a cru qu’avec  l’avènement de l’alternance, la discrimination  villes-campagnes face aux élections,  disparaîtra. Que les citadins –même  si l’argent sale continue à être un argument  de vote- ne seront plus les seuls à  se poser ces questions; et qu’ils seront  rejoints par les ruraux; lesquels ne seront  plus enclavés dans un espace interdit  pour les partis de l’ancienne opposition.  En fait, cette démarcation n’a pas vraiment  disparu. Seules les méthodes ont  changé. L’enfermement ostentatoire de  la campagne est moins visible; mais celleci  est toujours perçue et vécue comme un  bled-makhzen des temps nouveaux que  l’on a vite enterré.

Le regard et le comportement des populations  relève toujours des vieux réflexes  qui ont la peau dure, au point de devenir  un trait de culture. Le caïd, avec son  loyal substitut, le Cheikh; parfois, sinon  souvent, avec la complicité plus ou  moins ouverte du président de la commune  d’une poignée de douars, sont les  maîtres du jeu. Plus finement que sous  l’ère Basri, les moyens et les méthodes  sont adaptés au terroir pour faire comprendre  que ce n’est pas Y, mais X qui  a la bénédiction “d’en haut”. Cette posture  longtemps intériorisée n’est pas près  d’être extirpée. C’est de la moitié de la  population nationale qu’il s’agit, avec un  taux de participation plus important qu’en  ville et un poids électoral certain, qui peut  faire basculer pas mal de résultats.

Tout au long d’une législature consommée,  on n’a cessé de répéter que si le  PJD a remporté les précédentes législatives,  avec une bonne marge d’avance,  c’est parce qu’il a su surfer sur les vents  d’une conjoncture favorable.

Un contexte de terreur qu’il fallait endiguer  à tout prix, en l’invitant à la table  du pouvoir exécutif. Le désir populaire  de changement de têtes gouvernantes a  facilité les choses.
Effectivement, ce qui devait arriver arriva.  Sauf que rien n’indique que là-haut  on n’a pas laissé arriver; quitte à donner  quelques coups de pouce bien ajustés.  Parallèlement et chemin faisant tout au  long de l’actuelle législature qui prend  fin, on sait se démener pour préparer  une relève qui n’est ni celle d’un PJD  reconduit, ni des partis historiques jugés  périmés; mais de nouveaux venus pour  un Maroc nouveau.

La matérialisation  démocratique de ce Maroc en gestation,  depuis 16 ans révolus, se fera avec le  PAM, quitte à lui trouver une assise rurale  flambant neuve et quelques alliés de service,  post-élection, pour que le compte  soit bon.

Au final, l’issue du scrutin du 7 octobre  2016 n’est pas si difficile à deviner. Ça se  jouera entre un PJD qui a déçu et un PAM  qui promet monts et merveilles. Seuls des  électeurs récalcitrants dans les villes ou  effrontément courageux dans les douars  pourraient perturber sans pouvoir empêcher  l’exécution inexorable d’une issue  pratiquement annoncée. Même si les  uns et les autres seraient tentés de voter  avec leurs pieds en allant à la pêche ou  au souk. Car, à l’évidence, nous sommes  dans une démocratie orientée, contrôlée.  Bref, sous haute surveillance

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