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Les laboratoires Pharma 5 commercialisent un médicament anti-hépatite 100% marocain

Medicament-hepatite

Traitement. Le 5 novembre 2015, le ministère de la Santé a délivré aux laboratoires marocains Pharma 5 l’autorisation de mettre sur le marché le SSB 400, un traitement révolutionnaire antihépatite C 100% marocain. Un exploit rendu possible grâce au soutien du ministère de la Santé.

C’est dans le secret  absolu que les  laboratoires Pharma  5 ont développé,  pendant des mois,  le médicament SSB 400, le premier  médicament anti-hépatite C 100%  marocain, à base de Sofosbuvir.  Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de  fierté qu’ils dévoilent ce traitement  révolutionnaire qu’ils mettent à la  disposition des patients marocains au  prix de 3.000 DH au lieu des 700.000  DH que coûtait le traitement de cette  maladie. Un grand espoir pour les  quelque 625.000 personnes atteintes  d’hépatite C au Maroc, auxquels il  offre une meilleure qualité de vie  avec moins d’effets indésirables et  un meilleur taux de guérison. Le  taux de succès dépasse les 90% avec  le Sofosbuvir, contre 50 à 60% avec  le traitement de référence.

C’est, donc la première fois qu’un tel produit est accessible dans un pays pauvre.  Vu l’efficacité de ce médicament, le  ministère de la Santé voulait absolument  le produire. Mais le brevet du Sofosbuvir  étant inaccessible et le laboratoire  américain qui le détenait inflexible,  le ministère a dénoncé la suprématie  américaine à l’OMS (Organisation  Mondiale de la Santé). «Les laboratoires  américains n’ont donné aucune réponse.  Le ministère de la santé s’est alors mis  à explorer d’autres pistes pour rendre le  générique de ce médicament disponible au  Maroc», explique Myriam Lahlou Filali, DG  du groupe Pharma 5.

Une aventure passionnante
C’est ainsi que le département de la  santé contacte les laboratoires Pharma 5,  qui ont déjà à leur actif la production de  l’antituberculeux ERIP-K 4, en 2007, pour  leur demander de fabriquer le Sofosbuvir.  Mais il leur manquait la licence. «Nous  devions fabriquer un produit à partir  d’un comprimé de référence pour lequel  on n’avait rien. On ne savait pas de  quoi il était composé ni comment le  contrôler et l’analyser pour développer  notre produit. C’est en fait comme si  on devait faire de l’ingénierie inverse;  démonter une voiture et d’être capable  de la remonter», raconte Yasmine Lahlou  Filali, DG et pharmacien responsable au  Groupe Pharma 5. La solution était donc  d’analyser le médicament par le biais de  différentes techniques physicochimiques  pour pouvoir, d’abord, trouver la molécule  exacte, (le principe actif). Par la suite, il  fallait voir comment le produit allait se  comporter au niveau du corps humain  quand il sera avalé.

Et le brevet dans tout cela? «En fait, on a le droit  de faire des copies d’un produit quand on n’est pas  bloqué par les brevets, c’est-à-dire quand un brevet  tombe dans le domaine public. Dans le cas précis  du Sofosbuvir, aucun brevet n’a été déposé. Ce  qui donnait le droit à n’importe qui de développer  un générique et de le commercialiser», réplique  Yasmine Lahlou Filali. Et la spécialiste d’indiquer que  pour déposer un brevet dans un pays, il faut garder le  critère de nouveauté. Lequel critère disparaît au bout  de 12 mois. Ce qui est arrivé c’est que les Américains  n’ont pas déposé le brevet du Sofosbuvir au Maroc.  Coup de chance pour notre pays. «Les Américains  ont peut-être sous-estimé le Maroc. Ils l’ont déposé  dans des pays qui sont connus pour développer des  génériques comme l’Inde, le Brésil et la Thaïlande,  où l’hépatite C est très présente».

Dépistage précoce
Profitant de ce cette brèche, les Maroc s’attelle  secrètement à la fabrication de ce produit pour  éviter que le laboratoire de référence exerce des  pressions pour l’empêcher de disposer du produit.  A sa naissance, le médicament est baptisé SSB 400.  Le 5 novembre 2015, le ministère de la Santé délivre  à Pharma 5 son autorisation de mise sur le marché.  Pour le rendre plus accessible, Pharma 5 a demandé  à ce qu’il soit introduit dans la liste des médicaments  admis au remboursement. A partir de janvier 2016, il  sera remboursé à 100% par l’assurance maladie. Le  10 décembre 2015, il sera lancé au Maroc.

Les laboratoires Pharma 5 assurent qu’ils disposent  d’un stock suffisant pour alimenter le marché  marocain. «Nous disposons d’un stock de 9 mois de  produits finis et de matière première. 50 mille boîtes  (de 28 comprimés) sont quotidiennement produites  dans les locaux de Ouled Saleh, à Casablanca»,  rassure Abdellah Lahlou, fondateur des laboratoires  Pharma 5, en indiquant que dans le futur, le SSB sera  commercialisé dans d’autres pays au même prix,  sinon moins cher.

Il reste tout de même à résoudre le problème de  dépistage pour identifier les malades et produire les  médicaments en conséquence. En effet, seulement  2% des malades sont diagnostiqués alors que  le dépistage précoce augmente les chances de  guérison et évite aux malades des complications  qui engendrent des coûts exorbitants. «Aujourd’hui  que nous avons un traitement accessible et efficace,  nous allons encourager le dépistage. Chose que  nous n’osions pas avant à cause du coût élevé du  traitement», déclare Hakima Himmich, présidente  de l’ALCS. (Association de Lutte contre le Sida).

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