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LES GERMES DE NOS ACTIONS FUTURES

Charif El A yadi

Charif El A yadi*

Qu’il s’agisse d’une secte,  d’une idéologie extrémiste  ou de dérives sectaires  liées à des intégrismes  religieux, le processus de  radicalisation déployé par les filières  de l’embrigadement relève de mécanismes  d’emprise initiés par un isolement  de la personne de son environnement  socialisant.

La cible est harponnée par un discours  fait de demi-vérités et d’éléments  non vérifiables couvrant un  large éventail de sujets censés éveiller  sa conscience. L’entourage est désemparé  face à une métamorphose  hermétique à toute tentative de raisonnement.

L’étape suivante consiste à déconstruire  l’individu pour l’assimiler  progressivement au groupe. Le code  vestimentaire et les rituels communs  participent, notamment, à effacer  l’individualité.
La victime adopte les croyances de  l’idéologie radicale et se fond dans  une communauté pure d’élus investie  d’une mission transcendante où  tuer n’est plus un crime. La suite de  cet enchainement inexorable est la  déshumanisation et la réification de  ceux qui n’adhèrent pas à l’idéologie.  Leur vie n’a plus de valeur.

La variété des profils ciblés contredit  les simplifications qui réduisent le  phénomène à un problème d’intégration.  Le spectre est large: fragilité  psychologique due à une marginalisation  ou à une rupture émotionnelle,  quête d’identité, sentiment  d’injustice sociale ou simples penchants  humanitaires nourris par les  exactions perpétrées dans les différents foyers de tension à travers le  monde…Les neurosciences nous apprennent  que l’empathie se construit  au cours du développement cérébral  de l’enfant. A neuf ans, celui-ci est  capable d’adopter intentionnellement  un point de vue différent dans  sa dimension affective et cognitive.  Cette capacité à se décentrer est  d’autant plus développée qu’elle est  valorisée par l’environnement. La  culture du débat, de la parole libre et  respectueuse, la lecture et le cinéma  permettent d’avoir plus d’aisance à  appréhender des référentiels allocentrés.

A l’inverse, un milieu qui tolère mal  la confrontation des idées n’aide pas  l’enfant à intégrer cette vertu essentielle  qu’est l’empathie et pourrait  le prédisposer plus tard à chercher  du sens dans la rhétorique de mouvements  sectaires dont l’intégrisme  religieux n’est que l’une des possibilités.  Ainsi, les jeunes embrigadés  répondraient à leur propension acquise  au cours du développement à  envisager le monde selon une vision  unique.

D’où l’importance d’une éducation  prônant la diversité. Dans la famille,  en inculquant un rapport serein à  la différence; et à l’école, en multipliant  les débats et les jeux de rôles  pour permettre à l’enfant d’adopter  des postures différentes et prendre  du recul par rapport aux croyances  et aux convictions de chacun. Apprendre  à lire, écrire et compter ne  suffit pas. Développer l’empathie et  inciter à la réflexion pour immuniser  contre le chant des sirènes intégristes  est l’un des moyens de lutter  contre ce mal diffus qu’est le terrorisme.  Les germes de nos actions  futures sont en nous…

*Médecin ophtalmologue à l’hôpital Sekkat, à Casablanca
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