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Les femmes marocaines se mobilisent contre Benkirane

Célébration. Si la question de la femme n’est présente que de manière occasionnelle et ponctuelle dans la vie politique et sociale de tous les jours, le 8 mars a le mérite de rappeler les combats, au quotidien, que mène la gent féminine pour son émancipation. Le point avec les militants associatives.

Célébration. Si la question de la femme n’est présente que de manière occasionnelle et ponctuelle dans la vie politique et sociale de tous les jours, le 8 mars a le mérite de rappeler les combats, au quotidien, que mène la gent féminine pour son émancipation. Le point avec les militants associatives.

Plus qu’une célébration, dans le sens festif du terme, la journée internationale de la femme est surtout l’occasion de se poser des questions sur la situation du sexe dit “faible”, quitte à rappeler des évidences et à ressasser les mêmes constats. A commencer par le fait que la condition de la femme au Maroc n’est ni complètement noire ni tout à fait rose.
Certes, les progrès sont là, indéniables preuves de quelques victoires remportées dans sa lutte acharnée contre la prédominance masculine et l’injustice dont elle est victime.
Mais, en allant dans le fond des choses, on découvre la partie cachée de l’iceberg. Celle qui recèle tous les droits qui lui sont dérobés. La preuve par les chiffres: au Maroc, 62,8% des femmes sont victimes de violence, 30.000 mineures sont mariées chaque année, 1 Million 600 mille familles, prises en charge par des femmes, vivent dans la précarité.
Un long chemin reste à parcourir pour que la femme ait la place qu’elle mérite dans la société, qu’elle soit visible et crédible dans ce qu’elle fait.
Moins payées que les hommes, très peu représentées dans la vie politique, victimes de violence et de discrimination, marginalisées ou carrément écartées par des professions par trop “oestrogénisées”, les femmes sont en permanence obligées de livrer bataille pour arracher quelques droits et ne pas se contenter des quelques miettes que leur jette le législateur.

Les 24 heures de la femme
Pour cela, des 8 mars, il en faut beaucoup pour faire avancer les choses. «Sans vouloir jouer les rabat-joie, les 24 heures de la femme, c’est un peu ringard et un tantinet ridicule comme manière de rendre hommage à cet être qui retombe dans l’oubli aussitôt la “fête” finie», ironise Houda, 35 ans, chargée de communication dans une multinationale, qui a toujours trouvé “inutile” ce jour du mois de mars.
Inutile, en voilà un terme qui fâche les militantes pour les droits de la femme. Samira Bikarden, présidente de l’ADFM (Association Démocratique des Femmes du Maroc) de Rabat et coordinatrice de la Coalition “Printemps de la dignité”, affirme à cet égard que l’histoire dans le monde entier a démontré combien le combat des féministes et des associations féministes de manière globale a été salvateur pour la cause des femmes… «Il y a moins d’un siècle, dans la plupart des pays de la planète, les femmes n’avaient pas accès à leur droits les plus fondamentaux, je ne citerai que le droit au vote à titre d’exemple», précise-t-elle, en ajoutant: «Il en est de même au Maroc, où il y a juste une décennie, les Marocaines n’étaient pas traitées en citoyennes à part entière… Qui pourrait croire que pendant les années 90 les Marocaines n’avaient pas le droit de tenir un commerce ou de travailler sans le consentement de leur mari? qu’avant la Moudawana (2004) elles n’avaient pas droit de divorcer ou de se marier par elles-mêmes?… C’est grâce aux luttes et aux combats des associations féministes que ces droits, qui paraissent évidents aujourd’hui, ont pu aboutir…»

“Non à ce gouvernement”
Les militantes associatives sont unanimes à constater qu’aujourd’hui, plus que jamais, la femme marocaine doit se battre pour sauvegarder ces acquis et en conquérir d’autres. Une lutte dans laquelle elles n’hésitent pas à réinventer leurs armes. «Au Maroc, nous sommes face à un recul des droits de la femme au vu des défis de la transition démocratique que vit notre pays», dénonce avec verve, Fatiha Saddas, membre de la coalition Egalité et Démocratie. «Nous avons toujours fêté le 8 Mars en organisant des conférences où nous exposions nos réalisations et les manques à combler en matière des droits des femmes. Cette année, en tant qu’actrices féminines dans tous les organismes du pays, nous avons décidé de faire de ce jour une actualité et de dire Non à ce gouvernement qui n’a rien fait pour la femme. Nous allons mener notre combat et étendre nos activités jusqu’au 10 octobre Journée Nationale de la Femme au Maroc».
En effet, les agissements et les différentes sorties médiatiques “commises” par le chef du gouvernement exaspèrent les militantes associatives.
Elles y voient insulte et manque de respect à l’égard des femmes et ce en dépit des différentes manifestations organisées par des hommes et des femmes pour dénoncer les “maladresses” de Abdelilah Benkirane, auquel on reproche d’agir en tant que chef de parti et non en tant que premier ministre. Aussi, en signe de protestation, le Collectif Parité et Démocratie organise-t-il une marche nationale contre le chef du gouvernement, le dimanche 8 mars 2015, à 10 h, à Bab el Had, à Rabat.
A part ce coup de gueule à l’égard du chef de gouvernement, que revendiquent les féministes en ce jour de doléances?
A l’approche des élections, le problème de la représentativité des femmes revient indéniablement et en force sur le tapis. Les femmes veulent absolument leur 30% de représentativité féminine. Ceci, bien entendu, en plus des chantiers déjà entamés et qui n’en finissent pas de traîner.

Parité et équité
Pour l’ADFM, comme pour les associations féminines marocaines, les principaux chantiers concernent la mise en oeuvre de la Constitution à travers la mise en place des mécanismes institutionnels que ce texte suprême a prévus, notamment l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discriminations, d’une part, et la mise en oeuvre, d’autre part, des politiques publiques prenant en compte l’intégration du genre de manière transversale et la mise en place de mesures correctives visant à combler le gap entre les sexes, qui s’est approfondi au fil des siècles à cause des situations inéquitables des hommes et des femmes. L’harmonisation des lois qui restent discriminatoires aussi bien avec les dispositions constitutionnelles qu’avec les engagements internationaux du Maroc est également une des priorités.
Néanmoins l’égalité hommes/ femmes passe également par un travail de fond sur les mentalités en vue de changer la perception de la femme dans la société. «Si tous ces chantiers et réformes ne sont pas accompagnés par un grand effort de sensibilisation qui nécessite le déploiement de moyens conséquents touchant tous les vecteurs de changement des habitudes et des comportements à savoir l’école, les médias, la famille… le changement de mentalités, qui est un combat de longue haleine, tardera à voir le jour et l’effectivité et la viabilité des réformes législatives ne sera pas au rendez-vous», conclut Samira Bikarden.

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