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Les Chinois arrivent

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Quand la Chine se  remettra à procréer,  le monde aura les  yeux bridés. Alain  Peyrefitte, auteur  du livre à succès  “Quand la Chine s’éveillera, le  monde tremblera”, n’aura pas renié  cette manchette, malgré ses relents  apparents de racialité stigmatisante.  Pékin vient en effet de décider, le  jeudi 29 octobre 2015, d’autoriser  les Chinois à avoir deux enfants par  foyer, au lieu d’un seul.

Une révolution sociétale et un tournant  historique. Soulagement dans  les chaumières chinoises, où l’on  n’a pas besoin du démon de midi  pour se mettre à l’oeuvre. Perplexité  de ce côté-ci de la grande muraille  qui protège “l’empire du milieu” des  influences barbares de l’extérieur,  mais pas le reste du monde des  exportations exotiques de la civilisation  chinoise et de sa production  en trompe-l’oeil.

Avec 1,4 milliard d’âmes en 2014,  la population chinoise représentait  19% des 7,2 milliards qui peuplent  la planète. C’était avec les familles  à un enfant. On ne sera pas loin du  quart de l’humanité après la levée  de cette restriction. Les Chinois  n’ont pas encore débarqué à Paris;  mais il y a de quoi raviver les vieux  fantasmes en somnolence du “péril  jaune”, surtout par les temps qui  courent. L’Europe, plus que jamais  frileuse par rapport à tout mouvement  migratoire, quels qu’en soient  la provenance et le faciès, est avertie.

D’autant que le vieux continent est  globalement frappé par un ralentissement  flagrant d’avenance procréatrice.  Quant aux commerçants de  Derb Omar, à Casablanca, ils devront  se préparer à ne plus être qu’une  survivance autochtone minoritaire  aux us et coutumes bizarroïdes,  sous le regard plissé d’envahisseurs  subitement surmultipliés. Depuis  Ibn Battouta, les vendeurs ambulants  de cravates dans le centre ville  européen de Casablanca, les Chinois  n’ont jamais cessé d’être présents  dans nos murs. En bonne intelligence  du business, nos négociants  ont fini par trouver leur compte  dans le commerce à la chinoise. Les  prix imbattables ont eu raison des  réticences à l’égard des articles made  in China.

La Chine a toujours eu un problème  avec sa démographie. A la fin  des années 1950, Mao Tsé Toung  estimait qu’une forte population  chinoise n’était pas seulement un  signe de vivacité reproductive, mais aussi synonyme de puissance.  La natalité avait atteint 6 à 7  enfants par femme. Carrément  de l’exponentiel démographique  qui a réveillé la peur du surpeuplement.  D’où le retour à une  politique d’enfant unique lors  de la Révolution culturelle des  années 1960. Une politique qui  a fait l’économie de quelque 400  millions de naissances.

Sauf que ce planning familial s’est  fait au détriment des filles, dont  on ne voulait pas, quitte à avorter.  Puisqu’on ne pouvait avoir qu’un  enfant, autant qu’il soit un garçon,  surtout dans les campagnes.  Cette tendance a eu pour conséquence  le vieillissement d’une  population qui s’est retrouvée en  deçà du seuil de renouvellement,  fixé à 2,1% au lieu de 1,4 actuellement.

À peine croyable, le pays qui  abrite le quart de l’humanité  risque de connaître une pénurie  de main-d’oeuvre, à terme. Face  à une Chine première nation  procréatrice et future première  puissance économique mondiale,  présente sur tous les continents,  y compris l’Amérique, dont la  Chine a acheté la dette intérieure,  le monde se demande à quelle  sauce il va être mangé. Réponse,  à sa propre sauce fabriquée en  Chine. Avec les compliments  du Parti communiste, maître  d’oeuvre du capitalisme chinois.

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