Dépêche
Accueil » Chronique » L’équipe du Maroc de France

L’équipe du Maroc de France

Wissam El Bouzdaini

Wissam El Bouzdaini

L’équipe du Maroc  de football est-elle  vraiment une équipe  du Maroc? Je me pose  systématiquement la  question à chaque fois que je découvre,  comme vous, la liste des convoqués. Je  ne remets, bien sûr, pas en question le  patriotisme des joueurs. Le néo-international  Hakim Ziyech, que convoitait  également son pays de naissance, les  Pays-Bas, a bien prouvé que la sélection  marocaine pouvait ne pas être  qu’un choix par défaut.

D’autres avant lui ont, sans doute,  même, payé de leur carrière d’avoir, de  préférence, répondu à l’appel du pays  ancestral. Certainement que Mustapha  Hadji n’aurait pas été footballeur  de l’année en Afrique si en 1993, il avait  donné suite aux sollicitations de la  France, où ses parents, originaires du  Souss, s’étaient installés, plutôt qu’à  celles du Maroc. Et puis, qui suis-je,  d’ailleurs, pour douter de la sincérité  du sentiment national d’un joueur?  Ma naissance au Maroc ne me rend  pas, pour autant, plus Marocain qu’un  compatriote ayant vu le jour sous  d’autres cieux.

Non, ma question est purement et  uniquement sportive; rien de plus  que cela, voilà, c’est dit, merci. Et je  pense qu’elle se pose avec acuité,  d’autant que ces dernières décennies,  la tendance à convoquer davantage  de joueurs formés à l’étranger qu’au  Maroc s’est accentuée; à telle enseigne  que les «locaux», si l’on ose dire, sont,  pour ainsi dire, devenus minoritaires.  Prenons, à titre d’illustration, puisqu’il  s’agit de l’actualité, la liste du sélectionneur  national Badou Zaki pour  les deux matchs qui devaient opposer  les Lions de l’Atlas aux équipes de Côte  d’Ivoire et de Guinée. Elle comprend, au  total, 26 joueurs, dont cinq seulement  évoluent dans le championnat national.  En l’espèce, rien de bien choquant, tant  la «Botola Maroc Telecom», manquant  de moyens, ne pourra jamais, en l’état,  retenir ses meilleurs éléments. Choisissons  plutôt de nous intéresser, un  court instant, aux pays où les convoqués  ont poursuivi leur formation.

Dix ont  été formés dans des clubs nationaux.  Tandis que huit l’ont été en France,  trois aux Pays-Bas, et deux, respectivement,  en Espagne, en Belgique et en  Italie; soit, la majorité ailleurs qu’au  Maroc. C’est, indubitablement, un aveu  d’échec pour le «système de formation»  national, si l’on peut l’appeler ainsi  (votre serviteur, nihiliste par nature, ne  peut, vous l’excuserez cette fois-ci, que  douter de l’existence d’une telle entité).  Il est vrai que dans un pays où l’école  est en crise –ça, au moins, personne ne  peut le contester–, l’on serait encore  heureux de pouvoir former des citoyens  accomplis. Alors, des sportifs…

En vérité, ce qui a motivé ce postscriptum,  c’est un ouvrage récemment  édité en Grande-Bretagne, «Das Reboot», du journaliste allemand  Raphael Honigstein. L’auteur  revient, notamment, sur l’histoire  de Dietrich Weise. C’est ce monsieur,  âgé aujourd’hui de 80 ans,  qui s’est longtemps occupé des  sélections de jeunes Allemands,  qui, entre autres, a posé les jalons  du succès de l’Allemagne en Coupe  du monde en 2014. Sans lui, dix  joueurs parmi les 23 champions du  monde n’auraient, certainement,  même pas été détectés. Dont un  certain Toni Kroos, l’actuel milieu  de terrain star du Real Madrid, en  championnat d’Espagne. En effet,  grâce à lui, la fédération allemande,  la DFB, a fait en sorte que chaque  jeune Allemand puisse avoir un  centre régional de football au  maximum à 25km de chez lui. Il a,  également, amorcé un programme  de formation en faveur des entraîneurs  de jeunes, car ceux-ci étaient,  jusqu’alors, pour la plupart formés  sur le tas.

A terme, 4.000 des meilleurs  jeunes Allemands de 13 à 17 ans ont  pu bénéficier d’un suivi continu,  au moins une fois par semaine.  Sans doute cela a-t-il nécessité la  réquisition de moyens importants  par la DFB? Que nenni. Les coûts  débloqués, au départ, dépassaient  à peine les trois millions  de deutsche marks. Environ 10  millions de dirhams; quatorze  fois moins que le budget initial de  réalisation de l’Académie Mohammed-  VI, avec, depuis, les résultats  mitigés que l’on sait. Comme quoi,  parfois, ce n’est pas qu’une histoire  d’argent…

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !