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L’énigmatique Horst Köhler

Horst Köhler

L’envoyé personnel pour le Sahara devant le Conseil de sécurité, le 21 mars 2018

Le Maroc a tenu à faire part de ses fortes réserves quant à l’approche ambiguë du représentant du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara.

C’est finalement le 21 mars 2018 que l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Horst Köhler, fera son briefing au Conseil de sécurité. Prévu pour la mi-février, soit six mois après sa nomination, il a été ainsi retardé parce que l’agenda des rencontres s’était étiré. Ce cycle ne s’est vraiment enclenché qu’au début de cette année.

Que va dire à cette occasion cet émissaire onusien? Quelle lecture va-t-il donner des multiples rendez-vous qu’il a eus tant avec les parties concernées (Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario) qu’avec d’autres, africaines et européennes? C’est donc d’une manière sourcilleuse, pour ne pas dire ombrageuse, que le Maroc attend la communication de l’ancien président allemand devant la haute instance onusienne. Et il faut dire que les éléments d’interrogation n’ont pas manqué ces dernières semaines.

Éléments d’interrogation
C’est que ce médiateur de l’ONU s’est employé à élargir le cadre négociatoire à des ensembles régionaux tels que l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA). Le 12 janvier 2018, il s’est rendu à Kigali pour y rencontrer le président rwandais, Paul Kagamé, devant accéder trois semaines plus tard à la présidence de l’organisation continentale dont le 30ème sommet était fixé dans cette capitale. Il a eu également un entretien avec le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat. Après cette première étape, Horst Köhler a établi son quartier général à Berlin. Puis il a lancé des invitations, une dizaine de jours plus tard, au Maroc, à l’Algérie, à la Mauritanie et au Polisario pour se rendre dans la capitale allemande et initier une deuxième étape dédiée alors à des négociations. Directes ou indirectes? Le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a donné suite à cette initiative. Celui de la Mauritanie, Isselkou Ould Ahmed Izidbih aussi, de même que le mouvement séparatiste, représenté par Brahim Ghali. Le Maroc, lui, a pris son temps pour répondre à cette invitation. La rencontre n’a pu se tenir finalement que le mardi 6 mars, mais à Lisbonne et non pas à Berlin. Horst Köhler n’avait pas d’autres choix que de prendre acte des propositions de Rabat.

Ce faisant, le Maroc a tenu à faire part de ses fortes réserves quant à l’approche que paraissait emprunter l’émissaire onusien lors des précédentes semaines. L’implication de l’UA dans le dossier national n’est pas acceptable, pas plus d’ailleurs que celle de l’UE avec le rendez- vous du 9 janvier avec Federica Mogherini, commissaire en charge de la diplomatie européenne. Le Royaume estime qu’un tel élargissement n’est pas opportun et qu’il ne peut éventuellement être envisagé qu’une fois que les véritables parties au conflit auront sérieusement avancé dans la recherche d’un règlement. En d’autres termes, avant de faire participer des ensembles régionaux –UE, UA et, pourquoi pas?, même la Ligue arabe?–, il importe que soient pleinement impliqués les acteurs réels. Le tour de table doit être préalablement formé par ceux qui sont des parties prenantes, référence étant faite ici à l’Algérie. Qui a suscité ce différend depuis plus de quatre décennies? Qui abrite le mouvement séparatiste dans les camps de Tindouf? Qui lui apporte aide, concours et armement, sans parler de la mobilisation de sa propagande et de son appareil diplomatique dans toutes les instances régionales et internationales? Évidemment l’Algérie! Horst Köhler ne doit pas, de bonne foi ou pas, se risquer à mêler le cadre onusien défini et supervisé par le Conseil de sécurité et tel autre élargi en particulier à l’UA. Rabat veut Alger pour négocier, le mouvement séparatiste, lui, entend enjamber cette équation en se repliant sur la participation de l’organisation continentale.

Les acteurs réels
Le Maroc, qui avait exprimé sa satisfaction à propos de la résolution 2351 du 28 avril 2017 adoptée par le Conseil de sécurité et avait ainsi relevé plusieurs points positifs dans ce texte: prééminence du projet marocain d’autonomie interne d’avril 2007 qualifié de «crédible, sérieux et réaliste»; dimension régionale du conflit; responsabilité de l’Algérie et de la Mauritanie, qui «peuvent et doivent prêter un important concours à ce processus»; enfin, l’insistance pour que «des efforts soient déployés» pour le recensement des réfugiés de Tindouf avec le concours du HCR.

A la veille de son briefing devant le Conseil de sécurité, mercredi 21 mars, l’émissaire onusien a en mains tous les éléments d’information pertinents pour ce qui est en tout cas de la position du Maroc. Des principes ont été rappelés par S.M le Roi dans son discours du 6 novembre 2017, notamment sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ainsi que sur la seule compétence donnée au Conseil de sécurité. Des paramètres de négociation ont été également définis depuis 2007. Horst Köhler doit sortir du «flou» et d’une certaine ambiguïté qui semblent bien marquer le premier semestre de sa mission.

Dans quel état d’esprit se trouve-t-il? Mesure-t-il qu’aucun plan d’imposition ne peut être décidé et contraindre le Maroc? Ignore-t-il que la méthode de deux de ses prédécesseurs américains –James Beker et Christopher Ross– n’a pas été concluante et qu’ils ont dû jeter l’éponge après plus d’une dizaine d’années? Pourquoi? Parce que, suivant des occurrences variables, ils ne sont pas des médiateurs chargés de trancher entre des parties mais des facilitateurs. Cela commande la réunion de plusieurs facteurs: un climat favorable –ce qui n’est pas le cas avec la participation d’un grand cercle englobant l’UA et l’UE; une claire identification des termes de référence d’un compromis durable –il y a ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas, le Maroc étant disposé à reprofiler et à reformater son projet d’autonomie interne mais dans le respect du socle de ses fondamentaux; enfin, l’implication des parties qui ont réellement le pouvoir décisionnaire, à savoir l’Algérie en début et en dernière instance.

Respect de la souveraineté
Homme politique du parti conservateur de la CDU allemande, M. Köhler devrait en principe être attaché à une certaine culture politique où l’État fédéral prévaut avec une union de 16 landers qui ont chacun une histoire propre. Le Maroc se rattache à une forme d’État unitaire engagé dans une profonde réforme de régionalisation avancée dont le projet d’autonomie dans les provinces sahariennes récupérées est l’expression la plus emblématique.

Il reste que dans son équipe, aujourd’hui, M. Köhler a placé deux «africains» au profil spécifique: son conseiller, le diplomate allemand David Schawke, ancien ambassadeur au Soudan du sud et le Canadien Colin Steward, en poste à Addis-Abeba de 2011 à 2016. Un environnement personnel et de travail plus enclin sans doute à être réceptif au «séparatisme»… Pas de quoi faire fléchir le Maroc qui, depuis plus de quarante ans, a pu et su faire face à toutes les menées et manoeuvres, directes ou non liées et à certains réseaux nichés même chez des fonctionnaires du secrétariat général de l’ONU et ailleurs.

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