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Au lendemain des législatives du 7 Octobre 2016

Une démocratie, deux Maroc

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Il y a comme un consensus  à propos d’une démocratie  marocaine sur la bonne voie.  Elle aura même un peu plus  progressé lors des toutes dernières  élections. Une gratification,  surtout lorsqu’elle vient d’un ailleurs  qui chatouille l’égo patriotique  de tout un chacun. Il n’en demeure  pas moins que la démocratie, aussi  primordiale soit-elle, n’est qu’un  moyen. Elle doit permettre de réaliser  des projets de société à la mesure  des valeurs de liberté et d’humanisme  qu’elle porte.

Lorsqu’on parcourt le pays aux  quatre points cardinaux, on découvre  que le Maroc n’est pas une entité  homogène, qu’il n’est pas beaucoup  ou du tout parcouru par les idéaux  d’équité et d’égalité véhiculés par la  démocratie. Surtout sous le regard  scrutateur d’un étranger. Le concitoyen,  lui, n’a pas besoin de faire des  kilomètres pour le savoir. Le constat  est vite fait, celui d’une énorme  fracture sociale aggravée par des  disparités géographiques criardes.  Alors on relativise la portée vraie  d’une gouvernance frappée du sceau  démocratique.

Une question vient à l’esprit. Comment  les Marocains ont-ils vécu la  campagne électorale et reçu les  résultats du scrutin du 7 octobre  2016? Quel était leur sentiment du  moment et par quelles idées étaientils  habités? Il est évident que chacun  ne pouvait réagir que par rapport à  ses conditions d’existence, ses problèmes  et ses attentes.

L’électeur du douar montagneux se demande si la piste qui mène à son  village sera un jour au moins carrossable,  au mieux goudronnée. Si son  espérance de vie suffira pour voir  apparaître un dispensaire, avec un  médecin et un infirmier à temps plein;  et une école, de préférence avec un  instituteur souvent présent. Bref, un  service public minimal et vital. Quant  à l’électeur fraîchement ou anciennement  citadin, il est surtout face au  chômage persistant de sa progéniture  devenue adulte.

Dans ce genre de parallèle, la ligne  de séparation habituelle entre villes  et campagnes devient de plus en  plus virtuelle; tellement la ville se  ruralise par un exode irrésistible et la  campagne est gagnée par une urbanisation  galopante et spéculatrice.  La ville est plurielle. Certaines de  ses composantes ne sont pas mieux  loties que les campagnes. Pour la  première fois de sa jeune histoire,  le suffrage universel et pluraliste  se déroule sur un fond de répartition  démographique où les citadins  sont plus nombreux que les ruraux  (environ 55/45%). En fait, qu’ils  soient dans les campagnes ou dans les médinas et les ceintures suburbaines,  l’un et l’autre de cet électorat  appartiennent au Maroc d’en bas.

Un Maroc que l’on ne peut regarder  sans le voir, tellement sa marginalité  est criarde. Les échéances électorales  se succèdent, des générations  d’élus se suivent, mais les problèmes  n’ont pas eu de réponses à effet  visible et les conditions de vie n’ont  pas changé. Il semble que les électeurs  de cette catégorie socio-économique;  surtout celle de l’espace  urbain, soient un peu moins aiguillonnés  par l’autorité administrative;  contrairement à leurs compatriotes  des campagnes où le cheikh de l’arrondissement  veille au grain.  Toujours est-il que les uns et les  autres ne sont pas certains de  constater l’effet visible sur leur quotidien  d’une démocratie que l’on  chante parce qu’elle aurait suffisamment  mûri pour être définitivement  mise sur rails.

Par contre, tout indique que l’autre  Maroc, celui d’en haut, se porte bien.  Il prospère, tant au niveau de son  noyau premier des rentiers de l’indépendance  que dans sa périphérie  de nouveaux riches; généralement  la même filiation où se rencontrent  pouvoir et avoir. Sa progression et  ses signes extérieurs de richesse  sont ostentatoires, au point d’être  impudiques. Moralité de l’histoire,  si une démocratie ne réduit pas ces  disparités criantes, c’est qu’elle ne  s’est pas réellement perfectionnée.  La prochaine alliance gouvernementale  sera jugée à l’aune de cette ligne  de partage.

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