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Leila Faraoui, l’art et la manière

Faraoui Leila

Faraoui Leila

Parcours. Première femme galeriste arabo musulmane, Leila Faraoui a côtoyé les plus grands plasticiens marocains et internationaux à travers quatre décennies et en a propulsé plus d’un sur la scène artistique. Sa galerie d’art Nadar a traversé les temps en diffusant la création et en donnant sa chance à une nouvelle génération d’artistes.

A 75 ans, Leila Faraoui a le physique  d’une jeune femme et l’élégance  simple d’une grande dame. Dans  la galerie Nadar, nichée au coeur  du quartier commerçant Maârif  à Casablanca, où elle nous a reçu, les oeuvres  du grand peintre Jean Pierre Tachier Fortin  occupent les murs dans une mise en place  impeccable.

La démarche alerte, le geste sûr, l’hôtesse  prend place dans un canapé près de la porte à  l’affut d’un peu de fraîcheur en cette journée  de canicule. Cette dame a ce côté classe qui  rappelle les grandes actrices des années 60.  Avec sa voix particulière, elle égrène les mots  et se lance dans le récit de sa vie. Un peu  stressée au début, à cause de petits détails  qu’elle n’arrive pas à boucler à propos d’un  voyage qu’elle doit entreprendre en France,  elle se détend petit à petit et se met à l’aise.  Pas facile de raconter le parcours de toute une  vie bâtie autour de l’art et de la culture. Leila  choisit comme point de départ sa rencontre  providentielle avec le célèbre artiste peintre  marocain Mohamed Melihi. Providentielle  parce qu’elle a changé le cours de la vie de  cette femme que rien ne prédestinait à une  carrière de galeriste. Epouse du premier  architecte marocain de l’après-indépendance,  Abdeslam Faraoui, décédé en 2004, elle passait  son temps à s’occuper de son foyer et à recevoir  les prestigieux invités de son époux. Une vie  mondaine dont elle s’accommodait bien.

A cette époque, elle évoluait loin de  l’univers des galeries mais était déjà  passionnée par la lecture et le verbe,  au point de vouloir créer une maison  d’édition. C’était en 1973, quand elle  a quitté Rabat avec son mari et ses  enfants pour s’installer à Casablanca.  Elle acquiert un local au boulevard de  Paris, dans lequel elle commence à  travailler jusqu’au jour où un certain  Mohamed Melihi, un ami de la famille  qui collaborait avec son mari sur  l’intégration des oeuvres d’art dans  les bâtiments publiques, lui propose  de transformer son local en galerie  d’art. «Je ne connaissais absolument  rien à la peinture marocaine. Gouache,  aquarelle, sérigraphie, peinture à  l’huile… tout cela, c’était du chinois  pour moi», avoue-t-elle avec un grand  sourire.

Une rencontre providentielle
Peu de temps après, elle quitte  le boulevard de Paris, à cause de  l’humidité, pour un beau bureau situé  au boulevard Hassan Ier. C’est ce local,  ouvert en 1974, qui se transformera  effectivement en galerie d’art qui sera  baptisé Nadar, (l’opinion par la vue),  dont l’identité visuelle a été conçue par  Melihi. Leila Faraoui est ainsi devenue la  première femme arabo-musulmane à  ouvrir une galerie d’art dans le monde.  Elle se jette à l’eau et organise une  première exposition dédiée à l’art  marocain dans les collections privées.  Par la suite, les expositions se suivent  avec des plasticiens marocains:  Mohamed Chabâa, Abderrahman  Rahoul, Farid Belkahia… la galerie  ouvrait ses portes aux artistes marocains  qui cherchaient où exposer. Nadar  était également à la disposition des  artistes étrangers. Soutenue par ses  amis artistes, Leila avait aussi l’appui  des grands écrivains de l’époque (Kheir-  Eddine, Khatibi…) qui écrivaient des  textes magnifiques dans ses catalogues.  Le public réservait à chaque fois un  accueil chaleureux à ses événements.  Les gens achetaient les tableaux et les banques aussi.

Leila Faraoui semble avoir trouvé sa  voie. Elle arpente avec bonheur les  chemins de l’art et en fait désormais une  spécialité. Elle est comme un poisson  dans l’eau dans cet univers où les  rencontres humaines sont stimulantes  et si enrichissantes. «Mohamed Kacimi  venait de Meknès avec ses tableaux  dans le train. Il dormait chez nous à  la maison, je prenais ma voiture, le  raccompagnais à Meknès et ramenais  avec moi les tableaux qu’il n’a pas pu  transporter. J’en faisais de même avec  Mohamed Drissi. Il y avait un travail  de collaboration sincère avec les  artistes.», se rappelle, avec tendresse,  celle qui a été la première galeriste  à exposer Chaïbia sous le thème “Le  jardin des délices”.

Jusque-là, c’est par intuition que la  galeriste sélectionnait les artistes  qui avaient droit de cité dans sa  galerie. Mais, après quelques années  d’exercice, elle a senti le besoin  d’approfondir ses connaissances et d’entamer un vrai travail de recherche  dans le domaine des arts plastiques. «A  travers mes recherches dans l’art je me  suis aperçue que dans une peinture, il  y a aussi une lecture. J’ai appris avec  le temps à avoir le regard», affirme  Leila Faraoui. Elle se professionnalise  et donne une nouvelle dimension à  sa mission. Nadar va, avec bonheur,  d’une exposition à une autre.

En 1985, vint le moment où elle  devait se séparer de sa galerie. Après  10 années passées au boulevard  Hassan Ier, Nadar devait se trouver un  nouveau point de chute. Et comme le  hasard fait bien les choses, c’est par  chance qu’elle tombe sur une annonce immobilière. En face du local actuel de  Nadar, il y avait le fameux pâtissier Mr  Jaques, chez qui la dame achetait les  gâteaux et particulièrement la forêtnoire.  Un jour qu’elle se rendait chez  lui, elle aperçoit, à l’immeuble en  face, une annonce pour vendre des  appartements.

Le contact humain
Ces derniers étant tous vendus, on lui  proposa le local commercial. Et là c’est  le coup de foudre. Avec ses 325 m2, il  était idéal pour être converti en galerie.  Elle prend le temps de se procurer  l’argent nécessaire pour l’acquérir et  part l’acheter. Nadar renaît dans un  autre endroit et continue sa vocation  artistique première, à savoir exposer  les peintres de renom mais également  donner un coup de pouce aux jeunes  talents. En mamie câline, Leila Faraoui  parraine les jeunes chez lesquels elle  décèle un don pour les arts plastiques.  Zine El Abidine El Amine, qu’elle  appelle affectueusement “Abidoun”, est l’un de ces virtuoses de la peinture  auxquels elle ouvre son coeur et sa  galerie.

Après 40 ans à organiser des expositions  et à accompagner des artistes, Leila  Faraoui décide aujourd’hui de ralentir  la cadence pour mieux faire les choses.  Désormais Nadar propose 4 expositions  par an au lieu de 6. A 75 ans, Leila  apprécie toujours autant la compagnie  des artistes pour leur culture et  leur modestie. Celle qui a côtoyé les  princes et les princesses du royaume,  les stars hollywoodiennes, les grandes  personnalités de l’Etat coule des jours  heureux auprès des artistes, entourée  d’oeuvres d’art.

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