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Les leçons du hirak d’Al Hoceima

Abdellatif Mansour

Le cabinet El Othmani a-t-il failli ?

Chaque fois que S.M. le Roi se rend à l’étranger, c’est tout le fonctionnement du pays qui passe au mode ralenti. Des chantiers déjà lancés sont à l’arrêt. Aucun respect des délais de réalisation et de livraison.

Lorsque le Roi est à l’étranger, rien ne va plus. Le temps suspend son vol, comme on dit. Le Royaume est en roue libre, c’est à dire au ralenti, juste ce qu’il faut pour un minimum de maintenance administrative. Un peu comme s’il était urgent d’attendre. Mais, dès le retour du Roi, tout redémarre, dans la joie et la gaieté, dirions-nous, même si ce n’est pas vraiment le propre de l’appareil administratif.

Ce fonctionnement à vitesse variable est-il normal? Évidemment non. Il a été suffisamment démontré que le Maroc était un pays stable, en toute circonstance. Ce qui ne veut pas forcément dire bien gouverné. Ce ralentissement de la cadence de traitement des affaires de l’État et du citoyen en cas d’absence royale n’a aucune justification réelle. Le gouvernement qui assure l’administration en chef du pays est fait pour cela; et surtout pas pour des ronrons à bureaux fermés.

Des projets déjà ficelés et validés en Conseil des ministres, des chantiers parfois en cours, sont à l’arrêt, sans explication officielle, au grand dam d’un public dubitatif. Il n’y a aucune information explicative à son intention; il ne compte pour rien. Tout semble se passer dans un nulle part politico- administratif inaccessible. Cet espace magique se trouve sous cape entre pouvoir exécutif et Palais royal, comme si c’était l’Atlantide, un continent mythologique. Peut-on imaginer, un instant, qu’avant son voyage à l’étranger, comme il en fait souvent pour différentes raisons, S.M. le Roi ait laissé pour consigne de tout arrêter et d’attendre son retour? Si le pays fonctionnait de cette manière, nous n’aurions pas espéré, un jour, compter parmi les pays émergents, mais encore et toujours parmi les retardataires du tiers-monde, voire du quart-monde. La meilleure illustration de cet état de fait n’est autre qu’Al Hoceima, où S.M. le Roi s’est rendu le lundi 23 juillet 2018.

Des mois auparavant, il a fallu que les protestataires descendent dans la rue pour qu’une information éparpillée arrive sur le méga-projet d’«Al Hoceima phare de la Méditerranée». Un projet qui devait avoir un effet d’entraînement socio-économique, en termes d’emploi et de désenclavement pour la ville, voire pour toute la région. Pourquoi ce projet a-t-il accusé tant de retard entre autres services publics, tel l’hôpital qui n’avait jamais vu le jour, avant d’être relancé? Toujours en rapport avec la notion de temps, si le gouvernement en place avait pris les mesures nécessaires pour réaliser et livrer dans les délais prévus, les choses auraient pris une toute autre tournure, beaucoup moins négative.

Que S.M. le Roi soit au pays ou à l’étranger, les mêmes tares de gestion auraient eu les mêmes effets. Si à quelque chose malheur est bon, il y a lieu de faire en sorte que des situations et des modes de pensée similaires soient dépassés. Car ils persistent.
C’est tout un rapport au temps, toute une culture surannée et sclérosée qui est à débusquer sur toute la chaîne de commandement. Aux niveaux de l’organisation de l’espace territorial et des textes de lois qui vont avec, le terrain est tellement balisé que l’on se demande pourquoi le concept de régionalisation n’est pas appliqué à la lettre.

Pourquoi la région, presque autant que le gouvernement, ne semble avoir aucune influence sur les décisions nationales à effet régional. Nous aurions fait alors l’économie du Hirak d’Al Hoceima et des mouvements de protestations de Jerada, dans l’Oriental. Il y a là un déficit d’autonomie de la région tout autant que les résistances à reconnaître ses besoins spécifiques et ses particularités légitimement revendiquées.

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