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Le Sahara, moteur de la démocratie

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

En cette circonstance de la  commémoration du quarantième  anniversaire de la  Marche verte, la ferveur  patriotique s’exprime de  nouveau. Dans la mémoire collective,  c’était un fait qui a marqué l’histoire  du Royaume; il est même devenu une  légende pour les deux générations qui  se sont succédé depuis 1975. Tout a  été dit et même redit sur cette épopée,  c’est vrai. Mais peut-être faut-il aussi en  extraire un paramètre particulier : celui  de la relation entre la cause nationale des  provinces méridionales récupérées et la  construction démocratique.

En 1974-1975, la situation politique dans  le Royaume était pratiquement bloquée;  c’était l’impasse. Le pays venait de sortir  de deux tentatives de coup d’État (1971  et 1972) et d’une déstabilisation en mars  1973 menée par l’Algérie et une mouvance  subversive de l’UNFP dirigée alors  par Fqih Mohamed Basri et d’autres. À  cette date, l’Espagne multipliait les manoeuvres,  dans l’ancien Sahara occidental  et aux Nations-Unies, pour conduire  à l’érection d’un État fantoche sous sa  coupe. C’était intolérable pour le Maroc.  D’où, parallèlement a une mobilisation  diplomatique et à la saisine de la CIJ de la  Haye pour un avis consultatif, la reprise  du dialogue avec les forces politiques  nationales. Lesquelles? Evidemment,  celles héritées du Mouvement national  (PI, USFP, PPS) encore porteuses des  ferveurs militantes et idéologiques.

Des termes de référence devaient  être validés. Ils tournaient autour de  ces questions: levée des mesures de  restriction de la presse, fin de mesures  de répression s’apparentant à un état  d’exception de fait, création d’un climat d’apaisement et de confiance, mise en place  d’institutions démocratiques avec des élections  sincères, transparentes et régulières.  En contrepartie, ces formations se mobilisaient  dans le cadre de la diplomatie officielle.  Cette formule a-t-elle été respectée  comme il se devait? Le débat n’appelle pas  une réponse univoque, tant s’en faut. Si une  certaine “libéralisation” a bien été engagée  lors de ces deux années-là, le programme  global prévu n’a été que partiellement  réalisé. Le paradoxe, c’est que la Marche  verte a davantage renforcé la monarchie et  le Roi; elle a réactivé et consolidé l’union et  la symbiose entre le Trône et le peuple.

Hassan II assumait la mission de réunificateur  dans la ligne de celle de Mohammed V  le libérateur; un rehaussement d’un règne  qui assume et polarise un destin national.  Par là même, si la participation des partis  de l’opposition historique étaient souhaitée,  leur capacité de négociation avec le  Méchouar n’en était pas tellement éloignée:  comment ne pas être partie prenante  dans une cause nationale qui est le prolongement  historique d’un combat mené pour  l’indépendance du Maroc? Et si la normalisation  institutionnelle a pu se faire –le  parlement élu en 1977– il reste cependant  à observer que ce processus a été passablement  heurté durant deux décennies. Il a fallu en particulier attendre le vote “oui”  à la constitution de 1996 par l’USFP pour  que ce parti accède au gouvernement et  dirige même le cabinet d’alternance en  1998.

Le rôle moteur du Sahara ne s’est pas  limité à ce seul versant. Il s’est également  vérifié par une autre contrainte: celle de  l’exigence d’une démocratie permettant  la libre expression des populations sahraouies.  Toute une mouvance d’extrême  gauche défendait la thèse du règlement  du dossier du Sahara comme étant lié  à la problématique plus générale de la  démocratie au Maroc. Elle mettait en  cause la nature autoritaire du régime  comme obstacle à toute perspective  de solution. Pour elle, c’était le “même  combat”…

À l’international aussi, il importait que  le Maroc donne des gages de son projet  démocratique. D’où le cheminement  d’une idée qui a fini par prendre forme  et contenu dans la régionalisation.  En présentant son projet au Conseil  de sécurité en avril 2007, le Royaume  s’engageait ainsi de plain-pied dans cette  voie de l’autonomie interne, baptisée  encore régionalisation avancée.

Avec la nouvelle Constitution de juillet  2011, c’est tout l’édification institutionnel  qui est fortement réarticulé autour  de douze régions dotées d’attributions  importantes avec un véritable exécutif.  Historiquement et culturellement, l’État  chérifien a été centralisateur; il lui a fallu  prendre en charge les changements  intervenus dans la société pour adhérer  à un processus de démocratisation dont  la régionalisation est une forte illustration.  Comme quoi, la démocratie a été  activée et ou imposée par les facteurs  multiples liés à la question nationale.

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