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Le problème de l’immigration a besoin d’une solution politique

Nezha El Ouafi, membre de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Nezha El Ouafi, membre de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Maroc Hebdo: Le 9 septembre 2015, vous  avez pris part à la réunion de la Commission  des migrations de l’Assemblée parlementaire  du Conseil de l’Europe (PACE), à Paris. Les  répercussions du drame de l’immigration sur  l’Europe étaient au coeur du débat. Quelles ont  été les grandes lignes de ce débat?
Nezha El Ouafi:
Effectivement, j’ai représenté  le Maroc à la Commission des migrations,  des réfugiés et des personnes déplacées qui  s’est tenue à Paris le 9 septembre 2015. Les  représentants de 47 parlements de l’Union  européen ont débattu des répercussions  de la crise humanitaire, occasionnée par  l’immigration clandestine, et de la situation  des réfugiés en Europe. Le débat a été ouvert  suite à la présentation d’un rapport et d’un  projet de vote sur «Le système de Dublin,  l’instrument juridique de l’UE» étant donné  que ce système gère le statut de réfugié en  Europe en définissant les critères d’éligibilité,  les droits des réfugiés et les devoirs du pays  d’accueil. Les participants ont été unanimes  à reconnaître que ce système est dépassé par  l’ampleur de la crise de l’immigration que  connaît l’Europe et le monde entier.

Quelles ont été les recommandations de cette  réunion?
Nezha El Ouafi:
La principale recommandation  est que le système de Dublin, comprenant  le règlement lui-même et son application  concrète, doit être réformé d’urgence, tout  comme le RAEC (Régime d’asile européen  commun) dans son ensemble. Sans une reforme de grande envergure, il y a  un risque que les pays participants  suspendent l’application du système  de Dublin ou s’en retirent. Ce qui  sèmerait le chaos et la confusion.

C’est, donc, la solidarité politique de  l’Europe qui est en jeu…
Nezha El Ouafi:
Tout à fait.  En conséquence, l’Assemblée  recommande que les critères de  responsabilité liés à la famille et  les dispositions relatives à l’intérêt  supérieur de l’enfant, notamment  celles concernant les mineurs non  accompagnés, soient appliqués  strictement. Elle préconise, par  la même, une approche plus  humanitaire dans le traitement des  demandes d’asile, une application  effective des directives relatives aux  conditions d’accueil et aux procédures  d’asile ainsi que le renforcement des  ressources mises à disposition de  mécanismes financiers tels que le  Fonds Asile, Migration et Intégration.  L’Assemblée recommande que  la proposition législative de la  Commission européenne visant à lever  l’ambigüité de la disposition régissant  la responsabilité du traitement des  demandes d’asile déposées par des  mineurs non accompagnés soit  adoptée rapidement. Elle appelle au  retrait du critère de «franchissement  irrégulier de la frontière» des bases  utilisées pour déterminer quel pays  est responsable d’une demande  d’asile.

Est-ce que vous avez évoqué le cas  marocain?
Nezha El Ouafi:
De par sa situation  géographique et son approche de  la problématique de l’immigration  et du statut du réfugié, le Maroc est  devenu partie prenante de la gestion  du dossier de l’immigration sur le  plan international. Il adopte une  politique efficiente d’un point de vue  législatif et exécutif. Le Maroc oeuvre  également à coordonner et à renforcer la solidarité arabe en présentant des  solutions opérationnelles et urgentes  aux crises que traversent la Libye, la  Syrie, le Yémen et l’Irak. C’est cette  même position qu’a confirmée le  Maroc lors de la 144ème session du  conseil des ministres de la Ligue arabe,  qui s’est tenu le 13 septembre 2015 au  Caire, en Egypte.

A cette occasion, il a exhorté les pays  arabes à se mobiliser pour trouver  des solutions susceptibles de mettre  fin aux luttes armées qui exacerbent  l’immigration. Il a également appelé  ces pays à présenter des aides aux  pays voisins qui accueillent les réfugiés  qui fuient la guerre. Par ailleurs, j’ai  insisté dans mon intervention sur  les efforts fournis par notre pays en  vue de tendre la main aux réfugiés syriens à travers les services fournis  par l’hôpital marocain de campagne  au camp Zaatari, en Jordanie, depuis  le 10 août 2012.

Pensez-vous que la proposition du  président du Conseil européen, Donald  Tusk, d’accueillir au Maroc des centres  d’accueil pour les immigrés syriens est  viable au Maroc?
Nezha El Ouafi:
Je ne pense pas que  c’est avec ce genre de solutions  qu’on arrivera à résoudre la crise  de l’immigration qui a pris des  proportions internationales. Nous  avons besoin d’une solution politique  qui devrait émaner de l’Europe en  réponse aux crises en Libye, en Irak,  au Yémen et en Egypte… Le problème  de l’immigration a besoin d’une  approche globale. L’Europe doit  arrêter de se préoccuper uniquement  de ses intérêts économiques. Le rôle de l’union européen est de contribuer  à trouver des solutions politiques  dans les régions enflammées par  la violence et le terrorisme qui  menacent tout le monde. Traiter  cette crise en profondeur revient à  extirper le terrorisme à la racine et à  jeter les bases d’un nouveau processus  démocratique.

Le souci sécuritaire est une épée de  Damoclès que le Maroc ne peut ignorer  dans la gestion de la problématique  de l’immigration. Quelles solutions  propose, justement, le Conseil de  l’Europe pour éviter cette menace?
Nezha El Ouafi:
Il est évident que le  souci sécuritaire est présent, avec  force, au Maroc. D’ailleurs notre pays  fait preuve d’une grande responsabilité et d’une grande efficacité face aux  changements qu’a connus la région.  Autant l’Etat fait tout son possible pour  lutter contre le terrorisme, autant il  s’active par tous les moyens pour  atténuer les répercussions de la crise  sur les immigrés syriens. Preuve en  est le nombre important de réfugiés  syriens que le Maroc a accueillis  depuis le début de la guerre en Syrie.  Le discours royal du 20 août 2015 reste  notre référence en la matière.

Aujourd’hui, il est de notre devoir de  sensibiliser les partenaires sociaux,  syndicaux, politiques et civils pour  parvenir à l’intégration des Syriens  présents sur le sol marocain. Il faut  également inciter ces différents  acteurs à créer des centres d’écoute  et des projets générateurs de revenus  et d’emploi pour ces réfugiés en vue  d’améliorer leur situation et celles de  leurs enfants.

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