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Le poulet, la protéine du pauvre

Selon les chiffres de l’Association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), le secteur de l’aviculture a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 19,4 milliards de dirhams (MMDH) et des investissements de l’ordre de 7,4 MMDH. Au-delà des chiffres, ce secteur revêt une dimension sociale très importante.

Selon les chiffres de l’Association nationale des producteurs des viandes de volailles (APV), le secteur de l’aviculture a réalisé en 2014 un chiffre d’affaires de 19,4 milliards de dirhams (MMDH) et des investissements de l’ordre de 7,4 MMDH. Au-delà des chiffres, ce secteur revêt une dimension sociale très importante.

Le “boom” que connaît l’aviculture au Maroc peut être justifié par l’énorme potentiel du marché local. Alors que les prix des viandes rouges restent trop élevés pour une grande frange de la population, notamment les classes les plus démunies, le poulet représente une alternative intéressante. Les citoyens en quête de protéines pour équilibrer leur alimentation s’abattent sur les différents points de vente de volaille, en particulier les détaillants, ou “ryacha”, dans les souks, qui restent les principaux fournisseurs du citoyen.
Parmi ces souks figure celui de Derb Ghallef, situé au coeur d’une zone à haute densité démographie, à Casablanca. L’accès à cet espace est une tâche peu aisée. Les locaux de fortune qui servent de commerce à ces “ryacha” se trouvent enclavés au coeur d’un bloc de bidonville. A ce paysage, peu confortable à l’oeil à cause de l’agencement hasardeux des “boutiques”, s’ajoutent des odeurs peu plaisantes, pour faire des courses des abonnés de ce souk une pénible corvée.
L’absence d’infrastructures de base accentue les effets polluants de l’abattage et de la vente de volailles, mais cela ne décourage nullement la très fidèle clientèle, en l’occurrence les classes populaires. Selon Abdelaziz, un des “ryacha” du souk, l’affluence est généralement bonne et stable. «Les gens ne prêtent pas attention aux conditions de commercialisation ici, et puis il ne faut pas en faire toute une histoire, personne ne s’est jamais plaint, donc tout est dans l’ordre», ajoute-t-il avec un sourire malicieux.
Ce constat semble faire l’unanimité chez les habitués du marché. Du moins pour Latifa, une quadragénaire qui habite à quelques dizaines de mètres du marché, et qui s’y rend régulièrement pour faire ses courses. «La situation ici laisse à désirer, et les odeurs sont insupportables, mais ça peut aller. Cela fait des années que nous nous approvisionnons dans ce souk, et on n’a jamais souffert d’effets sur notre santé».
Cependant, et loin des avis de Abdelaziz et de Latifa, la législation marocaine est claire sur cette question-là. En effet, la loi 49/99, relative à la protection sanitaire des élevages avicoles, au contrôle de la production et la commercialisation des produits avicoles interdit l’abattage traditionnel, auquel s’adonnent les vendeurs de poulet et “ryacha” dans les souks.
Déclaration des autorités chargées de l’hygiène.
Sauf que l’activité de ces “ryacha” ne peut être soumise au contrôle des services chargés de l’hygiène dans la métropole. Selon Rachid El Yazidi, président du service d’hygiène dans l’arrondissement de Aïn Chok, ces commerçants agissent hors la loi et leur cas dépend des autorités locales. «La Charte communale limite notre champ d’action, qui ne couvre que les marchés structurés et autorisés. Et même ces marchés sont le théâtre de violations des règles d’hygiène», ajoute M. El Yazidi.

Une filière florissante
D’après l’APV, la production de viande de poulet est passée de 130.000 tonnes en 1995 à 456.000 tonnes en 2014, alors que la production de la viande de dinde est passée de 3 tonnes en 2000 à 78.000 tonnes en 2014. Ce rythme soutenu d’évolution a plusieurs justifications. Pour Abderrahim Chaoui, ingénieur avicole, il faut voir du côté des investissements grandissants dans la production des poussins. «Les sociétés du secteur ont augmenté considérablement leur capacité de production, et l’une de ces entités a même atteint un million de poussins produits par semaine, soit près de 2 millions de kilos», explique M. Chaoui. Après avoir atteint l’autosuffisance, le Maroc vise désormais les marchés extérieurs, notamment africains. Cependant, les producteurs doivent encore faire avec les aléas de la nature, à savoir les maladies qui touchent les volailles. Si la capacité initiale de production est de l’ordre de 9 millions de poussins par semaine, seulement 6 à 7 millions survivent, indique M. Chaoui. «La maladie de Gumboro, du nom de la ville sud-américaine où elle est apparue pour la première fois, représente la plus grande menaces pour les producteurs, car elle peut anéantir jusqu’au quart de la production totale des poussins dans une exploitation», ajoute-t-il.

Et les contrecoups?
Bénéficiant de son prix largement abordable par rapport à la viande rouge, le poulet est massivement consommé. La consommation annuelle par individu est passée de 2,3 kg dans les années 1970 à près de 17 kg en 2104. Intrigués par les conditions d’élevage, d’abattage et de commercialisation des volailles, certains consommateurs se posent encore des questions sur les effets que pourrait engendrer la consommation ce type de viande. Pour Dr. Wafaa Chorfi, médecin nutritionniste, la viande du poulet, dite blanche, n’a rien à envier à la viande rouge, notamment en apport en protéines. Les viandes blanches sont seulement moins riches en fer, mais cet écart peut être rattrapé à l’aide d’autre aliments riches en cette matière. Selon elle, «la consommation du poulet peut avoir des répercussions négatives sur la santé, allant jusqu’à provoquer des cancers, mais ce risque est presque inexistant au Maroc, car les pratiques dans les élevages de poulets, notamment en matière d’alimentation, diffèrent de celles, très risquées, menées dans certains pays industrialisés».

Un avis confirmé par M. Chaoui, qui assure que les éleveurs au Maroc, s’appuient pour alimenter les poulets, sur une “moulée” composée de variantes de céréales et de farine de poisson qui ne présente aucun risque pour la santé des consommateurs.
Le Maroc a donc un grand défi, à savoir augmenter la moyenne de consommation par personne, qui demeure faible par rapport à d’autres pays comme la France (23 kg/personne), l’Arabie Saoudite (40,7 kg/personne) ou l’Espagne (27 kg/personne). Et, dans ce cadre, l’ambitieux “Plan Maroc vert”, lancé par le Roi Mohammed VI, en avril 2008, constitue le fer de lance.

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