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Le PAM, un épiphénomène électoral qui s’installe

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Au final des élections communales et régionales, on a eu deux razzias pour  le prix d’une. On n’a voté qu’une fois, le 4 septembre 2015, mais est-ce que,  au bout du processus, le résultat correspondait réellement à notre intention  première d’électeurs un peu trop sûrs de leur fait? Pas vraiment. C’est que, entretemps,  les grands électeurs, beaucoup plus grands que nous autres, ont mélangé les  cartes pour faire cracher aux urnes la ratatouille de leur choix. Tout se passe comme  si on nous avait pris à témoin, de notre plein gré, pour décider démocratiquement  en notre nom.

  Rien de plus normal, en fait, dans une consultation électorale à étages, une sorte  de R+1. De plus, tout a fonctionné comme du papier à musique. Il en est sorti la  prééminence de deux partis, le PAM et le PJD. Le premier a fait le plein dans les  régions, avec 5 présidences sur 12. Le deuxième a répondu, immédiatement après,  en prenant le pouvoir dans de grandes agglomérations urbaines. Ce sont désormais  les deux principales forces en présence dans l’arène, selon le tableau d’affichage  de l’arithmétique électorale du moment.

Une nuance, cependant. Si le PJD était  attendu au point que son score n’a pas surpris, le PAM ne l’était pas beaucoup, ou  pas du tout. On le sentait venir avec ses gros sabots à la griffe porteuse, mais pas  aussi vite. Grosse erreur. Ce parti est précisément fait pour arriver au plus haut et au  plus vite. Il a été conçu pour parer à un discours islamiste apparemment imparable.  Il devait faire le poids face à la pénétration irrésistible du PJD dans les rouages de la  société. C’est sa mission annoncée. Et c’est par rapport à ce challenge qu’il a volé la  vedette au PJD dans ce dernier scrutin.

Le PAM donne l’image d’un parti fait pour l’élite; comme s’il avait opté pour les  couches supérieures de la société, plutôt que pour les entrailles populaires de  celle-ci. Paradoxe, cet élitisme qui devait trouver son expression dans les villes,  s’est retrouvé quasiment relégué dans les campagnes et ses notabilités locales.  C’est dans cet espace, qui a toujours été considéré comme une chasse gardée de  l’Administration et un grenier de voix à la disposition de ses représentants, que le  PAM a fait le plus gros de son score électoral.

Et même dans ce monde rural, dont  on lui a ouvert les portes, on ne lui connaît pas de véritables assises structurées au  point de constituer des fiefs électoraux. Bref, le PAM souffre d’un manque flagrant  de bases qui soient à hauteur de ses résultats électoraux actuels et de ses ambitions  futures. Son encadrement, traversé par un arc-en-ciel de courants, avec des  éléments bien en vue de l’ancienne gauche radicale et des déçus par leur ancrage  originel, peut-il pallier cette faiblesse structurelle, ne serait-ce que pour donner de la  consistance au résultat obtenu? Ce n’est pas acquis d’avance.

Malgré leur caractère local, les élections du 4 septembre augurent, tout de même,  d’une éventuelle recomposition du champ politique national. Elles laissent  entrevoir les prémices d’une nouvelle carte partisane. Une carte qui menaçait d’être  totalement monopolaire, sous l’emprise d’un PJD super puissant; mais qui est  appelée à être bipolaire, suite à l’affirmation locale obtenue par le PAM.

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