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Le PAM, pour quoi faire?

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

La grand-messe du congrès  du Parti Authenticité et  Modernité (PAM) les 22, 23  et 24 janvier 2016 repose  le problème de cette  formation dans le champ partisan  et politique national. Un procès en  légitimité reste récurrent? Est-il justifi  é? Il faut dire que les conditions de  création de ce parti demeurent, pour  de nombreux secteurs, encore sujettes  à caution.

Monter une «fusion» de cinq petits  partis pour se propulser n’est ni un  gage de rénovation de la pratique  politique ni l’expression d’une  modernité affi chée. Tenter de mixer  des profi ls d’ex-gauchistes, repentis et  reclassés, avec des notables transhumants  ne donne pas tellement une  plus-value. Se hisser au premier rang  du scrutin local de juin 2009 avec  quelque 6.000 sièges (21,7%) pour un  parti créé quatre mois auparavant ne  pouvait qu’être considéré comme une  victoire suspecte… Pour rester dans le  domaine électoral, son score de septembre  2015, tant aux communales  qu’aux régionales, relève pratiquement  du même étiage avec, respectivement,  21,12% et 19,47%. Plus  encore, dans la nouvelle Chambre des  conseillers, il obtient 23 sièges mais  surtout la présidence de cette institution  avec Hakim Benchemmas.  Qu’en est-il maintenant du projet de  cette formation? Globalement, militer  pour une société moderniste, démocratique  et solidaire. Qui serait contre?  De fait, il s’agit d’un contre-projet  s’opposant à celui imputé au PJD et à  la mouvance islamiste. Dès le départ,  son géniteur, Fouad Ali El Himma, avait déjà annoncé la couleur dans une  émission spéciale de la chaîne de télévision  2M en septembre 2007.

Par la suite,  cet état d’esprit a pris une première forme  organique avec le MTLD (Mouvement de  tous les démocrates) puis une seconde  avec le PAM au début de 2009. Depuis,  quel est l’état des lieux? Problématique.  Se pose toujours la question du leadership.  Après Hassan Benaddi, le témoin a  été passé à Mohamed Cheikh Biadillah  puis à Mustapha Bakkoury. Ce dernier,  technocrate pur jus, a été placé comme  s’il fallait opérer une sorte d’opération de  blanchiment du fait de certaines scories pesant sur ce nouveau parti.  Mais de fait, c’est le numéro deux, Ilyas  Omari, qui assure eff ectivement la  direction. Qu’en sera-t-il, à l’issue des  assises du congrès? En tout état de cause,  ce dernier continuera à y avoir un rôle  décisif et il s’est doté des moyens appropriés:  un groupe de presse, un réseautage  allant au-delà des structures organiques  de ce parti et se déployant de manière  «activiste» auprès de certains centres de  décision. Sauf à relever que son profi l,  son vocabulaire et ses saillies ne sont pas  consensuels, même dans certains rangs  du PAM. C’est qu’il cristallise, à tort ou à raison, des traits cumulatifs: une  sensibilité régionaliste –rifaine-,  des méthodes, une pénalisation  plombant les chances gouvernementales  en 2016 de tous ceux qui  piaff ent d’impatience depuis le “G8”  d’octobre 2011.

Au fond, le PAM est-il autre  chose qu’une machine électorale,  mobilisant de grandes ressources  fi nancières dans des conditions  jugées opaques? N’est–il pas, d’une  certaine manière, un avatar d’un  interventionnisme régulateur tellement  structurant depuis plus d’un  demi-siècle dans le champ électoral  et politique? A-t-il clarifi é les termes  de référence ainsi que les clivages?  Tout le monde en doute fortement.  Il aurait ajouté de la confusion à une  confusion déjà dominante depuis  des années.  Qui est avec qui? Contre qui? Et  pour quoi faire? Objectivement,  ne serait-il pas contre-productif  pour le programme qu’il annonce?  La modernité? C’est le référentiel  de l’USFP et du PPS, qui, eux, ont  un parcours historique probant à  cet égard. La démocratie, l’Etat de  droit et les libertés? C’est désormais  le socle commun à tous. Le  projet de société et les valeurs qui  les fondent? Là encore, l’adhésion  est générale et le PJD de Abdelilah  Benkirane a pu mesurer que c’était  un modèle qui ne pouvait supporter  aucune remise en cause, le Roi étant  en dernière instance en charge de la  garantie de ces acquis.  Alors? Le PAM, pour quoi faire? Estil  utile? Lui, il estime qu’il est même  nécessaire…

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