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Le Maroc « subversif »

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Les événements tragiques de Ghardaïa

Énorme! Délirant! L’Algérie ne sait plus où  donner de la tête! A preuve, les mises en  cause récurrentes du Maroc pour tous les  spasmes qui secouent ce voisin de l’Est.  La dernière en date n’est pas la moins  ridicule et absurde. Elle concerne les violences de  la deuxième semaine de juillet 2015 dans le M’zab,  à quelque cinq cents kilomètres de la capitale, en  particulier à Ghardaïa et à Guerrara. Le bilan est  lourd: 25 morts, des centaines de blessés, une furie  incendiaire avec des maisons et des commerces  brûlés. Pourquoi un tel déchaînement qui a conduit  à des affrontements entre les deux communautés  autochtones, les mozabites, de rite ibadite, l’une  des branches des kharijites, ni sunnite ni chiite; face  aux chaambas, d’origine hilalienne, musulmans sunnites  de rite malékite (lire l’article de Aissa Amourag,  page 20).

Qu’est-ce que le Maroc irait donc faire dans cette tragédie?  Rien, et il n’a pas pour tradition de s’ingérer  dans les affaires intérieures d’un autre pays, a fortiori  l’Algérie, ce pays qui, pourtant, de tout temps, a  été interventionniste: au Maroc, sous des modalités  diverses, dans les années soixante et soixante-dix,  puis depuis plus de quatre décennies avec l’instrumentalisation  du groupe des séparatistes installés  sur son propre territoire, dans les camps de Tindouf;  dans la région maghrébine, soit en Tunisie, en Libye  et en Mauritanie; dans l’espace sahélo-saharien,  soutenant au Mali les uns contre Azawad, ce mouvement  touareg au nord; ailleurs, enfin, sous d’autres  latitudes.

Au M’zab, aujourd’hui, l’on a le résultat d’une  carence de l’État. Des leaders de partis, de Ali Benflis,  ancien Premier ministre, à Louisa Hanoun, à  la tête du Parti des Travailleurs (PT) stigmatisent  la défaillance des pouvoirs publics. En réplique, les  voix officielles s’échinent à nier les évidences pour se retrancher derrière la théorie de la “main de l’étranger”.  C’est encore cet argument qui vient d’être repris  et développé par Ahmed Ouyahia, leader au parti RND,  ministre d’État et directeur du cabinet présidentiel. Il  explique que ce qui se passe à Ghardaïa a été fomenté  pour rééditer en Algérie ce qui s’est passé en Syrie, en  Égypte, au Yémen et en Libye.

Il incrimine dans cette même ligne Kamel Fekhar,  militant associatif qui a réclamé l’intervention de Freedom  House et d’autres ONG. Et, plus encore, Ferhat  Mehenni, leader berbériste blanchi sous le harnais,  accusé, lui, de “trahison”.  Initiateur du printemps berbère en 1980, animateur  du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), reçu le 26 mai 2009 à l’ONU par la commission  des peuples autochtones, fondateur d’un gouvernement  kabyle en exil baptisé Anavad, un tel profil a-t-il  sérieusement besoin de l’adoubement du Maroc? Le  problème de fond en Algérie est double: une crise de  légitimité et l’absence d’un modèle économique et  social solidaire.

Ce “système”, tel qu’en lui-même, est en bout de cycle;  il est même grabataire. Et ce ne sont pas les louanges  de Ahmed Ouyahia sur le thème de “Vive l’oligarchie”,  ces jours-ci, qui laissent entrevoir une solution conséquente  à la crise actuelle.  Le Maroc ne s’en réjouit pas. Mais il n’a rien à voir avec  cette “sitcom” tragique de décomposition d’un corps  social ni avec la déliquescence d’un État squatté depuis  un demi-siècle par une oligarchie militaro-civile!.

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