Dépêche
Accueil » Dernière minute » LE GRAND CHALLENGE

LE GRAND CHALLENGE

Rapport de la Cour des comptes sur le social

La mobilisation des ressources publiques ne génère pas les résultats escomptés dans le lutte contre la pauvreté.

Les dysfonctionnements seraient- ils devenus durablement le marqueur de la gouvernance? L’on est en droit de se poser cette question de principe au vu du rapport de la Cour des comptes rendu public, le 28 novembre 2017, à propos du Fonds d’appui à la cohésion sociale (FACS). Qu’y trouvet- on? Globalement, une évaluation bien critique. Dans le détail, ceci: une absence d’orientation stratégique, une imprécision des objectifs à réaliser, des couches ciblées indéterminées. Sans oublier, pour compléter le tableau et aggraver le passif si l’on ose dire, d’autres faits tout aussi significatifs et pratiquement de la même veine. Référence est faite ici à la multiplicité des programmes ainsi que des intervenants, des cibles aussi.

Au total, cinq ans après, le montant total des ressources affectées à ce Fonds dépasse les 15,2 milliards de Dh. Un gros effort de l’État, assurément, mais qui n’a pas porté tous ses fruits. Il a manqué quoi? L’absence d’outils de coordination entre les multiples intervenants concernés. Pas seulement: il faut également mentionner l’irrégularité des sources des recettes. A preuve, celles-ci se sont élevées à 2,24 milliards de Dh en 2012, pour chuter à 1,43 milliard de dh en 2013, puis grimper à hauteur de 4,91 en 2015 avant de reculer à 3,16 MMDH en 2016. Un exemple de financement qui rappelle le “yo-yo”.

Comment mettre en oeuvre une politique sociale efficiente avec de telles variations d’une année sur l’autre? Pourquoi donc n’a-t-on pas arrêté et exécuté une programmation coordonnée de ces recettes affectées à un tel Fonds? A quels facteurs tient une telle situation marquée par l’imprécision des recettes prévisionnelles, disponibles, d’un exercice sur l’autre et les besoins de financement des programmes retenus?

L’on en est là. Que faire? Élaborer une stratégie intégrée en matière d’appui et de cohésion sociale. Quelles couches doivent être identifiées et pouvoir ainsi bénéficier directement des aides et des allocations diverses auxquelles elles sont éligibles? Ce ciblage-là, l’on en parle depuis des décennies –le cabinet Youssoufi s’y était attelé, les suivants aussi, mais sans qu’il soit finalisé et acté. Pourtant, la pratique comparée a donné des résultats probants à cet égard en Inde, au Brésil et ailleurs. Il importe également qu’une programmation pluriannuelle soit mise sur pied.

Celle-ci devrait ensuite se décliner autour de rapports d’évaluation périodiques et réguliers. Enfin, le cadre organisationnel actuel a fait la preuve de ses lourdeurs et de ses dysfonctionnements et l’on ne peut pas sérieusement faire l’économie de sa profonde refonte.

Le paradoxe est là aujourd’hui. D’un côté, le social est placé au coeur du développement. Il vise à parachever et à consolider la pleine citoyenneté des pauvres, des chômeurs, des exclus et de tous ceux qui ne bénéficient pas comme il se devrait des fruits de la croissance et du développement. La plénitude des droits humains, c’est aussi cela et pas seulement des droits formels (droit de vote,…) Mais, d’un autre côté, en bout de course, la mobilisation des ressources publiques ne génère pas les résultats escomptés. Il aura donc fallu attendre ce rapport de la Cour des comptes de la fin novembre 2017 pour que la sonnette d’alarme soit tirée et que tous les intervenants soient ainsi publiquement interpellés.

S’il faut se féliciter que la haute institution financière présidée par Driss Jettou lance un tel pavé dans la mare –après tant d’autres–, cela ne suffit pas. C’est une réflexion nationale sur la base d’un débat qui doit désormais être conduite. A quelles fins? Mettre à plat toute la politique du FACS et ses formes d’intervention pour se pencher sur la problématique plus globale du modèle social. Quelles charges et quels sacrifices pour les uns? Quels efforts pour d’autres? Quels mécanismes d’inclusion des exclus et des pauvres? Comment passer de l’assistanat à un autre modèle résolument axé sur la promotion, l’aide qualifiante et d’autres systèmes de même philosophie? Un grand challenge pour tous !

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !