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LE GARDIEN DU TEMPLE

LE GÉNÉRAL BENSLIMANE S’EN VA

Officier émérite formé à l’ancienne, Hosni Benslimane est fortement attaché à sa discrétion en toutes circonstances. Il a vécu les épisodes les plus périlleux du Maroc indépendant. Sportif pratiquant, il ne recule devant aucun challenge.

S’il y a une figure emblématique du corps militaire, c’est bien celle du général de corps d’armée Hosni Benslimane. D’une discrétion absolue en toutes circonstances, le général est tout de même venu au devant de l’espace de l’information publique, le 4 décembre 2017. Lors de l’audience royale, il a été déchargé de sa fonction de commandant de la gendarmerie. Il en a été de même pour l’autre général du même grade et de la même génération, Bouchaïb Arroub, ancien inspecteur général des Forces armées royales (FAR), également remercié.

Chasse à la corruption
La cérémonie de leur départ à la retraite était d’une solennité qui sied aux parcours des deux généraux. Ce sont les officiers les plus gradés de l’armée; avec les défunts Abdelaziz Bennani et Abdelhak Kadiri. Bien que les généraux soient nés en 1935 et 1936, la réforme pour limite d’âge, à ce niveau de responsabilité, ne joue pas de façon systématique. C’est plutôt le droit légitime au repos qui prime, surtout par la fatigue cumulative et parfois par la maladie comme c’est le cas du général Arroub. D’aucuns diront que les liens de parenté de Hosni Benslimane, en tant que neveu du docteur Abdelkrim El Khatib, grande figure du Mouvement national, sont pour quelque chose dans sa progression au sein de l’armée. Rien n’est moins vrai. Par contre, il a vécu les épisodes les plus difficiles, voire carrément périlleux du Maroc indépendant, sous le règne de Hassan II.

Lors des deux tentatives de putsch militaire, en juillet 1971 et août 1972, Hosni Benslimane s’est retrouvé, de par son grade et sa fonction, dans une situation à haut risque pour lui et pour le pays. Sans être aux premières loges, il a pu tirer son épingle du jeu, au minimum des frais, à titre professionnel et personnel. Pas évident du tout pour un officier qui commande le dernier rempart de défense des institutions.

En dehors de ce type de situation limite, les gendarmes assurent, au quotidien, l’ordre et la quiétude hors des périmètres urbains, en rase campagne. Ils y représentent le dernier recours. C’est toute cette imbrication d’hommes en manoeuvre et d’événements en continu que Hosni Benslimane doit gérer avec un doigté extrême.

Bataille anti-bakchich
Depuis sa nomination au poste de commandement de la gendarmerie, en 1974, Hosni Benslimane s’est confronté aux mauvaises pratiques qui rongent ce corps militaire. La pente à remonter était difficile, tellement les réflexes de monnayage d’un service public étaient ancrés dans les esprits, à distance égale entre corrupteurs et corrompus. Les images de gendarmes en plein marchandage avec des citoyens, généralement fautifs, étaient prises en cachette et balancées sur Facebook. Des “snipers” se sont spécialisés dans cette chasse à la corruption. Les nouvelles technologies sont passées par là. Dire que ce phénomène est en voie d’extinction serait un mensonge éhonté. Hosni Benslimane s’y est attaqué avec une progressivité adaptée à l’enracinement de ce fléau, au point de devenir un trait de culture. On le sent à l’interpellation des gendarmes sur la route. Il y a comme un brin de changement d’attitude, plutôt prometteur. Il ne faut surtout pas compter sur Hosni Benslimane pour en faire une tribune de communication, comme s’il avait définitivement gagné la bataille anti- bakchich dans les rangs de la gendarmerie. Ceci pour les manquements à la loi installés dans la durée et devenus pratiquement une seconde nature chez le commun et le pas commun des citoyens.

Affaire Ben Barka
Depuis un peu plus d’un demi-siècle, le nom de Hosni Benslimane est associé à l’affaire Ben Barka. Il est soupçonné d’avoir une part de responsabilité dans l’enlèvement, un 29 octobre 1965 à Paris, et l’assassinat de cet opposant irréductible à la politique de Hassan II. Un mandat d’arrêt international a même été lancé contre lui, alors qu’il était à Londres pour une rencontre sportive, en 2007; avant d’être retiré en 2009, faute de preuves tangibles. Le dernier juge français chargé du dossier Ben Barka, Patrick Ramaël, a fait des pieds et des mains pour impliquer Hosni Benslimane. Il n’a reculé devant aucun subterfuge, y compris de entrer au Maroc sous une fausse activité professionnelle. L’armée est muette, les officiers supérieurs aussi, dit-on, sans relâche. Hosni Benslimane, lui, a trouvé le moyen de communiquer sans enfreindre le règlement militaire. Le sport comme support de communication.

Sport et armée
La pratique sportive, il y a adhéré dès sa prime jeunesse. Athlète d’abord sur le 400m et le saut en hauteur, le lieutenant Benslimane fera partie des pionniers de l’athlétisme marocain au lendemain de l’indépendance. Il le troquera, néanmoins, pour le football, après la création des sections sportives des FAR. Il jouera dans un petit club de deuxième division avant de rejoindre les FAR en championnat national, entre 1959 et 1961. Il sera élu puis régulièrement réélu à la tête de la FRMF entre 1996 et 2009.

Homme de caractère et de rigueur, voyant que ses projets de relance du football marocain ne sont pas suffisamment partagés, il démissionne de la présidence de la fédération. En même temps il élargit son cercle d’action au delà du foot après avoir été élu en 1993 à la présidence du Comité national olympique marocain, qu’il quitte en 2016. Au final, Hosni Benslimane aura ainsi connu et pratiqué deux sphères d’activité, le sport et les responsabilités militaires.

Deux domaines que Hosni Benslimane s’est employé à rapprocher.

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