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Le corps assumé est une forme de liberté

Radia Biyaz Lahlou

Radia Biyaz Lahlou

Radia Biaz Lahlou expose jusqu’au 31 octobre à la Coupole de la Ligue arabe, à Casablanca

Entretien. Dans son exposition intitulée “Raconte, Shéhérazade”, l’artiste plasticienne Radia Biaz Lahlou revient sur l’actualité arabe avec le regard d’une artiste révoltée. Architecte de métier, elle est entrée dans le monde des arts plastiques par la grande porte.

Maroc Hebdo: Pourquoi avoir choisi le  titre «Raconte, Shéhérazade» pour votre  exposition?
Radia Biaz Lahlou:
Shéhérazade est  une héroïne mythique autant pour  l’Occident que pour l’Orient, où elle a été  rapidement élevée au rang de résistante  et de militante d’une certaine façon. Car  elle a sauvé sa vie, mais aussi les vies de toutes celles qui auraient pu succomber  à la monstruosité de leurs époux.

Que représente pour vous le personnage  mythique de Shéhérazade?
Radia Biaz Lahlou:
Pour moi, Shéhérazade,  et surtout dans le cadre de ce projet  soumis par Hicham Daoudi, président  de la Compagnie Marocaine des OEuvres  et Objets d’Art, représente celle qui voit  tout et qui ressent tout sans vouloir  adopter une attitude passéiste. Elle se  remet dans la posture d’apporter une  analyse et une critique objective de  ce moment précis où tout semble  instable.

D’un point de vue artistique,  comment avez-vous procédé  pour faire parler cette figure  emblématique de l’intelligence et  de la féminité?
Radia Biaz Lahlou:
Le conte  était une grande source  d’inspiration mais aussi les  actualités et faits divers qui  se sont produits en masse  l’année passée. Pour moi la  statue «La Victoire de Samothrace»  (représentation de la déesse  Niké) personnifiait déjà un peu  Shéhérazade.

Le fait qu’elle soit aussi sans  visage me rappelait le refus de  personnification qui m’est cher  dans mes oeuvres pour que toutes  celles qui se sentent militantes  puissent s’y reconnaître. La  question que soulève cette  sculpture est celle de savoir  quel clan gagnera aujourd’hui le  combat entre les progressistes  et les rétrogrades.

L’exposition met en avant le corps de la  femme en tant que support et objet de sa  liberté. De quelle manière le corps peut-il  exprimer cette liberté?
Radia Biaz Lahlou:
Le corps assumé,  conscient de sa beauté et de son  intelligence, est une forme de liberté.

L’exposition est aussi un prétexte pour  évoquer les événements qui secouent le  Moyen-Orient et le Maghreb. Quel est le  regard de l’artiste que vous êtes sur ces  événements?
Radia Biaz Lahlou:
C’est évidemment  triste, dérangeant et angoissant. Voire  Palmyre détruite, et avant les musées de  Mossoul, me terrorise et m’impose d’en  parler. D’où le renvoi encore une fois à la  sculpture de Samothrace, que j’ai appelée  Victoire.

Au final qu’avez-vous envie de raconter à  travers Shéhérazade?
Radia Biaz Lahlou:
L’abnégation, le  courage et la liberté, pour moi et pour  toutes celles qui se sentent blessées  parfois, de n’être vues que comme un  corps objet sans conscience et sans valeur.

Des mathématiques et l’architecture,  vous êtes passée à l’art. S’agit-il là d’une  quête de soi ou tout juste d’un désir de  polyvalence?
Radia Biaz Lahlou:
J’ai ressenti un appel  ou une envie d’art très forte dans ma  vie qui m’a progressivement éloigné  de l’architecture. Je sais qu’aujourd’hui  que je ne pourrai plus être autre chose  qu’artiste.

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