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LE BONHEUR, DITES-VOUS ?

Seddik Mouaffak

Difficile de soutenir que ceux qui sont contraints de travailler puissent considérer le travail comme une partie de plaisir.

Selon l’Observatoire marocain du bonheur, qui a réalisé une étude auprès de 1.200 travailleurs, toutes activités confondues, les Marocains sont plus satisfaits et heureux au travail. D’autre part, Les ménages sont moins pessimistes et leur moral est au plus haut depuis quatre ans, nous dit l’indice de confiance des ménages mesuré par le Haut Commissariat au Plan (HCP). Tout baigne alors dans … le bonheur.

Parmi les facteurs qui impactent le niveau de bien-être au travail, les experts es-bonheur nous citent «un environnement du travail où règne une bonne ambiance, la maîtrise des tâches, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, de bonnes rémunérations et gratifications, des niveaux élevés d’autonomie et de responsabilité, l’entraide des pairs, la transparence et la pérennité organisationnelle, la possibilité d’avancement et l’expression de son potentiel créatif…».

Mettre l’accent sur ces facteurs de bien-être au travail conduit à considérer que le monde économique au Maroc n’est constitué, en fait, que d’une multitude d’entreprises dont le but n’est pas avant tout d’accroître le profit mais plutôt de considérer le travailleur comme un potentiel à développer. Or, quoi qu’en disent nos experts en sondages en bonheur, l’homme comme la femme au travail n’est en fait considéré dans la plupart de nos entreprises que comme une simple «ressource» à gérer et à exploiter, souvent de façon uniforme. À moins de considérer l’échantillon choisi par nos experts en bien-être au travail comme représentatif d’une simple minorité de «happy few». Posez cette question au commun des mortels et il vous répondra que ceci n’existe nulle part sauf, peut être dans l’imaginaire ou le rêve. Il paraît, alors, difficile de soutenir que ceux qui sont contraints de travailler de nos jours puissent considérer le travail comme une partie de plaisir et d’épanouissement personnel.

La réalité du monde économique est toute autre. La réalité de la gestion dans nos entreprises n’est-elle pas plus dominée par une logique de méfiance, de surveillance et de «tbarguig» (comme on dit chez nous), que par une logique de coordination et de stimulation de la créativité et de l’innovation? L’innovation n’est -elle pas considérée par certains esprits archaïques comme une «bidaa»?

Certes, pour des milliers de travailleurs et de salariés, le travail, non plus, n’est pas pour eux la liberté. Néanmoins, leur sort reste de loin plus enviable que celui des milliers de jeunes chômeurs qui rasent les murs de nos villes et de nos villages. Plutôt que de leur parler de plus de bonheur, n’ont-ils pas besoin, par les temps qui courent, qu’on leur donne plus de chances de gagner leur vie en toute dignité? En somme, leur donner plus d’espoir dans l’avenir

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