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L’autre lobbying

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Oui, il faut faire du lobbying,  toujours, partout.  Parce que c’est nécessaire,  hier comme aujourd’hui.  Parce que les  centres d’influence, voire de décision,  économiques ou politiques ne sont pas  hermétiques, soumis qu’ils sont à des  “inputs” éligibles à la théorie systémique  qui pèse encore dans l’appréhension du  fonctionnement du politique. Mais aussi  parce qu’il faut veiller à optimiser ses  positions et, le cas échéant, ses stratégies  dans un monde soumis à tous les vents  subissant les incertitudes liées à un ordre  international complexe et compliqué en  quête incertaine d’une stabilisation.
Tout cela est, dira-t-on, une vérité d’évidence,  oui, sans doute. Pour autant, le  repli n’est pas la bonne solution. Avec  l’affaire du Sahara, l’on tient un cas intéressant  des variations d’une certaine politique  lobbyiste. Dans un premier temps,  l’on a longtemps cru que le bon droit et  les titres historiques suffisaient. Marocanité,  il y a, marocanité il y aura. L’avis  consultatif de la Cour internationale de  justice (CIJ) de La Haye, en date du 16  octobre 1975, était sollicité à cet égard  pour conforter notre position de principe  à l’international. Mais pouvait-on soliloquer  entre nous, proclamer la légalité et la  légitimité de la récupération des provinces  méridionales du Royaume et se borner  à inviter les puissances influentes et la  communauté internationale à se ranger  de notre côté sur ces seules bases? Non  évidemment. Surtout que, dans le même  temps, les “autres”, nos adversaires multipliaient  les initiatives pour s’échiner  à contester celles-ci et à se prévaloir du  sacrosaint principe de l’autodétermination  des peuples consacré.
Dans le climat de guerre froide qui prévalait  depuis les années soixante, le Maroc  était du côté de l’Ouest parce qu’il défendait  aussi des valeurs et un projet de société  opposés au modèle de l’ex-URSS et de ses  multiples recyclages dans le tiers monde et  en particulier dans la région. Avec la chute  du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, ce  modèle a connu un sinistre, la démocratie  et le libéralisme réinvestissant ainsi pratiquement  les référentiels du monde. Quant  à la question du Sahara, elle a cependant  continué à se poser par suite de la rigidité  et de l’hostilité de l’Algérie mettant en avant  le principe de l’autodétermination par référendum.
Autodétermination, répète-t-elle avec  ses clients habituels? De quoi parle-t-on?  L’autodétermination qu’elle réclame, mais  où est-elle d’abord dans ce pays voisin? Le  spectacle affligeant qu’a encore offert le  quatrième mandat présidentiel de Abdelaziz  Bouteflika, en avril 2014, suffit à attester  du mépris des droits et libertés des Algériens  subissant le faix d’un groupe militaro-civil  se partageant la rente des hydrocarbures et  installant un système quasiment mafieux au  sommet de l’État. Quant aux autres, les alliés  d’Alger, qui sont-ils? Le Nigéria, l’Afrique  du Sud? Des modèles pouvant nous faire la  leçon? Allons, allons!…
Le Président Obama, recevant SM Mohammed  VI, le 22 octobre 2013, à la Maison  Blanche, a rendu un hommage appuyé  au leadership du Roi dans la conduite des  réformes. L’Union européenne, la France,  l’Espagne et tant d’autres pays sont dans  cette même tonalité. Ils se gardent bien,  sauf à friser le ridicule, de faire la même  évaluation pour l’Algérie!
C’est dire que le lobbying marocain, s’il doit  continuer à emprunter les canaux conventionnels  actuels, utilisés d’ailleurs par de  nombreux pays, notamment en direction  des centres de décision, américains ou  autres, n’en doit pas moins se préoccuper  d’y adjoindre la mise en exergue de son  projet de société, de ses avancées et de ses  ambitions. Aux États-Unis, en particulier,  l’accent devra ainsi mis sur le différentiel  existant entre son référentiel démocratique  et celui de ses adversaires. Comment les  séparatistes peuvent-ils prétendre parler  d’“autodétermination” alors qu’ils refusent  l’enregistrement par le HCR de Genève des  populations dans les camps de Tindouf présentées  comme une composante du “peuple  sahraoui”? De quels principes peuvent-ils  se réclamer alors qu’ils se distinguent par  le détournement de l’aide alimentaire,  en organisant un circuit mafieux pour sa  commercialisation et leur enrichissement  personnel?
Il nous faut donc confondre tout cela et faire  justice d’une certaine propagande qui a des  relais à Washington. Dans le camp démocrate,  celui du Président Obama, l’attention  doit être portée sur ces pratiques-là. De quoi  disqualifier donc toutes ces officines qui  tournent autour de la Fondation Robert  Kennedy et qui ne veulent rien voir en se  bornant à instrumentaliser un argumentaire  de propagande contraire aux réalités.  En somme, présenter le Maroc tel qu’il est,  en marche, offrant une main tendue à tous,  dans un cadre démocratique auquel il faut  apporter sa contribution. Ce capital est une  valeur ajoutée au lobbying qu’il faut continuer  à mener Outre-Atlantique: c’est lui qui  fera la différence en dernière instance!

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