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L’ATTRAIT DE LA MÉTROPOLE

Abdellatif Mansour

Des populations colonisées votent contre leur indépendance. Cela peut paraître paradoxal, voire ouvertement provocateur. Nous en avons un de ces faits pourfendeurs de fausses certitudes brandies comme des vérités immuables et définitivement acquises. Tout comme nous revenons de loin par rapport à cette information, le fait, lui aussi, nous vient de loin.

Plus précisément de la Nouvelle Calédonie, un archipel accroché au flanc sud de l’océan Pacifique, d’une superficie de 18.575 km2, situé à 16.740 km de la France métropolitaine dont la souveraineté remonte à la fin du 19ème siècle. Ce n’est donc pas la porte à côté. Comme quoi, l’ancienne aventure coloniale n’avait pas de frontières. Le dimanche 4 novembre, ses électeurs étaient invités à faire un détour par les urnes, pour un référendum sur l’avenir institutionnel du pays. La question posée est toute simple: Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? Du haut de ses 268.767 habitants, 56,7% des électeurs ont répondu non contre 43,3% de oui.

Les spécialistes de ce genre de consultations vous diront que la formulation de la question est pour beaucoup dans l’issue du scrutin. Dans ce cas de figure, on remarquera que l’alternative d’une souveraineté pleine et entière de ce territoire a été verbalement habillée pour les grandes sorties votatives, au propre et au figuré. Il y a effectivement dans cette opération comme une volonté de pousser les populations des colonies vers la sortie. L’avis le plus franc et le plus célèbre sur ce type de situation a été celui de de Gaule, dès son retour aux affaires publiques, en 1958. Pour lui, la France n’a plus les moyens de gérer son empire colonial. Avec des mouvements nationaux bien ancrés et solidaires, on était dans le sens de la fameuse roue de l’histoire.

Ce factuel lointain de la Nouvelle Calédonie nous renvoie à cette interrogation: Où en sommes-nous par rapport à ce grand fleuve tourmenté charriant des courants de pensée et d’action où il n’y avait de place que pour les adeptes de la vérité unique? Aujourd’hui, ce n’est même pas un néocolonialisme que nous chassons par la porte pour qu’il nous revienne par la fenêtre. Nous en sommes à implorer le grand et le moins grand capital d’accepter un retour en fanfare beaucoup plus confortable et fructueux que par le passé. Du foncier à disposition, des travailleurs à moitié prix, sous les auspices du FMI et de la Banque mondiale que nous courtisons avec la même frénésie. Cela s’appelle la mondialisation. Un patchwork garantissant la libre circulation des biens, pas celle des personnes.

En fait, les Calédoniens ont juste pris un raccourci à la fois rationnel et pragmatique; tout en faisant l’économie d’un affrontement dans l’air du temps de l’époque. Un statu quo rassurant et durable, avec des avantages sociaux bien compris, sous le sceau de la métropole; plutôt qu’une démarche allégorique de glorification de soi comme unique offre à des populations en manque de tout et de bien-être, sous le toit d’une indépendance qui n’est plus au programme des vrais décideurs du sens de la rotation du globe.

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