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Les Larmes de sable, long-métrage de Aziz Salmy, en salles

Remuer le couteau dans la plaie

Des anciens prisonniers de Tindouf retrouvent la liberté pour constater que leur ex-bourreau est devenu… parlementaire défenseur des droits humains.

Les Larmes de sable est un film dramatique réalisé par Aziz Salmy. C’est l’histoire des prisonniers de Tindouf, qui retrouvent les leurs après 30 ans de torture. Le mal est d’autant plus grand que leur ex-bourreau devient parlementaire défenseur des droits humains.

Ceci n’est pas un film désert. L’humain y est tout le long. Un arracheur de mérite qui se rue sur les cœurs. Un arrache-coeur. Il ne s’agit pas de Boris Vian, il est plutôt d’un simple mais qui touche juste. Un drame perdu mais retrouvé, filmé. Tindouf, comme un électrochoc. Un raviveur de noirceurs. De ces prisonniers des camps, déshumanisés, traités comme des rats, nus et affamés. Des civils sans plus, qu’un hasard a faits forçats. Un film qui fait vite de situer l’horrible. Le Polisario. Un tortionnaire fourvoyé qui s’amuse net sur des chairs sans défense. Des chairs mutilées, entassées comme loques dans un réduit poisseux, violés, pénis ou langue coupés pour certains, tués pour d’autres. Un métrage-rappel qui honore un devoir de mémoire. Des prisonniers arrachés à leurs gîtes et aux leurs.

Des suppliciés de trente ans sous la botte de l’ennemi. Un ennemi qui s’arrache à les soudoyer, à en faire des traitres à la nation, mais rien n’y fit. Munis d’un patriotisme sans faille, ils fatiguent l’ennemi. Le film accouche, dans son sillage, de trois matières à drame successives. Après le traitement sadique, la surprise est de taille quand ces vies volées apprennent, une fois évadés des camps, que leur bourreau est devenu parlementaire, défenseur des droits de l’homme. La farce est grande. Elle allume une hystérie chez ces vies perdues qui ne voient là que dérision. Une comédie inhumaine. Remarque, si le chef de camp, lisait, embouché de son cigare, La Divine comédie de Dante. Sans doute eut-il trouvé une appétence de coeur pour l’enfer. C’est qu’on peut y vivre.

Rescapés de fortune
Un tortionnaire devenu acteur associatif. Plutôt une bêtise qu’un Tartuffe. Et encore. La deuxième matière à drame est faite du retour de ces rescapés de fortune aux leurs, ou ce qui en reste. Là, l’émotion bat son plein. Des parcelles de familles goupillées trente ans déjà. Groupés comme jamais-perdus, arborant des photos écornées, triturées, où viennent ces revenants, mal-vieillis et racornis comme morts. Une rencontre folle où les regards se brusquent, se décroisent, tâtonnent, ressuscitent leurs morts. Mais le noir de Tindouf est collant. Il fait les nuits des victimes, les broie comme sucre, ils sursautent et suent.

Mais comme la fiction est d’une omnipotence qui déplace jusqu’à l’enfer. Elle le met, comme une belle morale, au cœur du bourreau. Un bourreau d’un culot comme jamais vu qui discourt sans loucher devant les bancs de facultés sur Dame humanité et ses droits. C’est avant même de l’ouvrir que ses suppliciés s’alignent devant lui. Ainsi l’a voulu la fiction. Pris d’un malaise, il quitte la salle pour se rafraîchir à grande eau. Là, le réalisateur a vu juste de régaler le téléspectateur de deux scénarios différents. D’abord la mort de l’ogre des mains d’une victime, puis par sa conscience venue sur le tard. Mais tueuse à façon.

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