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L’armée algérienne livre du matériel sophistiqué aux séparatistes du Polisario

© photo : DR

Guerguerat, l’Algérie pousse à la guerre

D    ans une autre vie, pourrait-on dire, le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait fait cette déclaration devant ses pairs à Johannesburg: «Il n’y aura jamais de guerre entre l’Algérie et le Maroc, nous sommes des hommes de paix». C’était en octobre 2003, à l’occasion d’une session du NEPAD, le plan d’action pour le déve- loppement de l’Afrique. Qu’en est-il au vrai? La communauté internationale est juge de ce double langage.

L’actualité de ces dernières semaines en atteste. A Guerguerat et dans la zone tam- pon, Alger livre du matériel militaire aux éléments armés des séparatistes. Ils ont ainsi reçu des véhicules blindés de fabri- cation russe, des véhicules tout-terrain Toyota avec mitrailleuses BKC pouvant aussi porter un canon 30 mm et même des missiles sol-air. Voici quelques jours, l’on a encore noté leur intrusion à Lagouira avec une trentaine d’éléments et quatre véhicules.

Violation du cessez-le-feu
Le 11 mars 2017, s’est également tenue à Alger une réunion conjointe baptisée «Forum sur les expériences communes dans le domaine militaire» avec Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre algérien de la Défense et chef d’état-major, et Abdul- lahi Lehbib, ministre de la défense de la prétendue RASD.

Ces derniers mois, d’ailleurs, l’Algérie a    opté de manière opérationnelle à pousser le Polisario dans une configuration par- ticulière: celle d’une montée des périls. La polarisation s’est faite précisément au poste-frontière maroco-mauritanien de Guerguerat, dans un no-man’s-land de quelque quatre kilomètres entre le mur militaire marocain et la frontière de la Mauritanie.

La nouvelle situation créée depuis le cessez-le-feu de 1991 n’a jamais conduit à une tension aussi vive. Le prétexte invoqué par les séparatistes, c’est que le Maroc a franchi le mur pour goudronner la piste «pour garantir la sûreté et la sécurité des usagers de cet axe routier». Il s’agit aussi, ajoute le communiqué officiel de «nettoyer» la zone et de «mettre fin aux activités de contrebande» (drogue, trafic d’armes …). La Minurso ne réagit pas aux appels des séparatistes dénonçant la violation du cessez-le-feu, pas plus d’ail- leurs que Christopher Ross, alors envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU. Seul Farhan Haq, porte-parole adjoint de l’ONU constate, le 18 août 2016, qu’au- cun matériel militaire marocain n’avait été détecté au-delà du mur. Les séparatistes décident alors de prendre l’initiative sur le terrain en envoyant, à la fin août 2016, une trentaine d’hommes armés bloquer les travaux de goudronnage.

Ces effectifs montent ensuite à près d’une centaine. C’est une violation du cessez-le-feu. Cet incident déborde sur le terrain diplomatique. Madrid, au nom du Groupe des amis du Sahara occiden- tal –les membres permanents du Conseil de sécurité sauf la Chine– demande de la retenue aux deux parties. Le 9 septembre, le Conseil de sécurité se saisit de cette question et du risque d’escalade. Kim Bolduc, chef de la Minurso, intervient pour entreprendre une médiation; en vain. Le Polisario se risque encore à aller plus loin et envoie ses hommes armés à Bir Lahlou et à Mijet, deux hameaux en dehors du mur et présentés dans la propagande séparatiste comme relevant des «territoires libérés». Le président de l’entité fantôche qu’est la RASD se rend même sur la côte atlantique pour s’y faire photographier…

Retrait unilatéral
Le 24 février, le Roi alerte le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sur la situation grave qui sévit dans la région de Guerguerat, liée aux incursions répétées et aux actes de provocation d’éléments armés du Polisario. Il lui demande ins- tamment de mettre fin à cette situation inadmissible menaçant sérieusement le cessez-le-feu et mettant en péril la stabilité régionale. Le lendemain, dans un commu- niqué officiel, le Maroc décide le retrait uni- latéral de cette zone après avoir enregistré les recommandations et les appréciations du Secrétaire général de l’ONU qui sont «conformes à la légalité internationale».

Un acte salué par l’ONU, l’UE, Washington, Paris, Madrid et d’autres chancelleries. Sûr de ses titres juridiques et historiques, le Royaume a confiance dans le processus de règlement sous les auspices des Nations Unies et dans le bien-fondé de son projet d’autonomie présenté voici dix ans au Conseil de sécurité. Ce plan a, depuis, été qualifié de «crédible, sérieux et réaliste» par cette haute instance onusienne et la majorité des puissances influentes.

La perspective d’un retour du Maroc dans la famille institutionnelle continentale bouleverse également les données de la question sahraouie. Le Maroc au sein de l’UA présentait en effet tous les dangers pour Alger.

Fin d’une chasse gardée
Il allait marquer la fin d’une chasse gardée entre les mains de l’Algérie, du Nigéria, de l’Afrique du Sud et de quelques autres petits pays sous influence. Il convenait donc de tout faire pour freiner, voire blo- quer, ce processus d’admission. Dans la perspective du 28 ème sommet de l’UA, fixé à Addis-Abeba, les 30-31 janvier 2017, tout devait être donc mis en œuvre pour éviter ces risques.

Le souci était double: créer à Guerguerat un foyer de tension pour tenter de faire valoir dans la propagande d’Alger que le Maroc était un facteur de division ne pouvant pas avoir sa place au sein de l’UA –c’est précisément ce qui a été repris par ces même voix; bloquer ainsi l’admission de Rabat et reposer sur cette base-là la question du Sahara marocain sur la table du nouveau Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prenant officiellement ses fonctions le 1 er janvier 2017.

La militarisation de la zone de Guerguerat aujourd’hui ne peut que le préoccuper. Il sait dans quel contexte elle s’inscrit et quels sont les desseins occultes qui l’impulsent. Les uns relèvent du souci des séparatistes de donner davantage de visibilité à un conflit marginal de plus de quatre décennies marqué par la las- situde et pratiquement le désintérêt de la communauté internationale. En ce début d’année 2017, ce calcul n’est–il pas vain alors que le Conseil de sécurité se trouve confronté à tellement de grands pro- blèmes internationaux? les séparatistes escomptent–ils, dans cette même ligne, imposer au Maroc la reprise des négo- ciations? Et même, négocier avec qui? Et sur quoi?

Enfin, la tension actuelle ne participe-t-elle pas aussi de considérations propres à l’hypothèque majeure de l’«après-Bou- teflika». Dans ce contexte, tout le monde a relevé la forte présence, «activiste» même du général Ahmed Gaïd Salah, patron de l’ANP. Il a ainsi inauguré, lundi 13 mars, une base aérienne de déploie- ment à Hassi Tirine (Tamanrasset); il a aussi visité la 6 ème région militaire (Sud); il se veut, à travers ses déplacements et ses déclarations, «garant» de la stabilité en instrumentalisant la peur du terrorisme et les menaces qu’il génère.

Une tension avec le Maroc par Polisario interposé: de quoi activer l’union nationale et s’imposer face à tous les prétendants.

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