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L’amour au temps de la Hogra

Sortie nationale du film « Volubilis », du réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi

Actuellement dans les salles obscures du Royaume, «Volubilis» le dernier film du réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi, est un mélodrame riche en émotions, sur fond de lutte des classes. Un moment de cinéma intense et poétique.

Le dernier opus du réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi, Volubilis, est une tragédie moderne qui se déroule à Méknès, ville natale du réalisateur. Le film raconte l’histoire d’un jeune couple, fraîchement marié, qui essaie de survivre dans un Maroc miné par les inégalités sociales. Lui, Abdelkader, est vigile, dans un centre commercial, qui prend trop au sérieux son uniforme et sa «mission». Elle, Malika, est femme de ménage, au service de «Lalla» une riche bourgeoise, versatile et amère.

La descente aux enfers
Fous amoureux l’un de l’autre, les deux jeunes gens caressent le rêve, modeste, d’avoir un chez eux, où ils auraient un tant soit peu d’intimité. En effet, le couple (interprété par les merveilleux Mouhcine Malzi et Nadia Kounda) partage la maison avec les parents et la fratrie du mari.

Dans la force de l’âge, naïf et idéaliste, Abdelkader croit pouvoir changer le monde. Il croit bien faire quand il rappelle à l’ordre la femme d’un haut responsable qui essaie de dépasser les autres dans l’escalator du centre commercial où il travaille. A cause de cet «outrage» intolérable, le vigile est interpellé par les sbires du mari de cette dame, qui lui infligent une bonne correction. Il est malmené et humilié et filmé en train de subir tous ces affronts.

Cet incident marque un tournant dans la vie du couple. Il signe la fin de l’insouciance et marque le début de la tourmente et de la douleur causée par la «hogra». Le conte se transforme en un cauchemar. La légèreté cède la place à la colère, à la rage et au désir de vengeance. La fracture sociale est consommée…

Une société sous haute tension
A travers des situations violentes, aussi bien physiquement que psychologiquement, le réalisateur force le trait pour souligner les limites qui séparent inébranlablement les classes sociales. Dans un moment de faiblesse, sous l’effet de l’alcool, «Lalla», (la maîtresse de Malika), s’approche d’elle pour lui confier son chagrin. La femme de ménage croit que les barrières entre les deux femmes sont levées. Le lendemain elle demande à sa «confidente» de la considérer comme sa petite sœur, et là c’est le choc pour la jeune femme. Madame ne souffre pas cette «offense» et remet la «bonne» à sa place.

Dans cette atmosphère empreinte de tension, le réalisateur réussit, tout de même, à trouver des moments de grâce filmés avec beaucoup de poésie. L’attention particulière qu’il apporte aux mouvements de la caméra et son amour indéniable pour ses acteurs font de ce drame un réel moment de cinéma. L’interprétation magistrale des acteurs et tout particulièrement de Mouhcine Malzi nous rappelle les héros de l’âge d’or du cinéma. Avec cet opus, Faouzi Bensaïdi, acteur et réalisateur de théâtre et de cinéma signe une belle œuvre.

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