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L’ALLIANCE PARADOXALE

Abdellatif Mansour

COMMENT UN GOUVERNEMENT DE COALITION PEUT-IL ÊTRE PRODUCTIF, LORSQUE SES DEUX CHEFS POLITIQUES JOUENT À S’ÉLIMINER?

Entre le PJD et le RNI, les relations et les positionnements politiques sont à couteaux tirés. Un duel qui n’est plus à fleurets mouchetés dans les couloirs des partis et du parlement, comme le veut la tradition politique depuis toujours. Des propos ouvertement hostiles sont tenus à haute voix et à ciel ouvert. Aucun des deux camps ne se cache plus pour pourfendre l’autre à mort … politique. Une volonté quasiment avouée et réciproque d’élimination mutuelle. Un très bref rappel des faits. Toutes les occasions sont bonnes, élections partielles, université d’été et autres activités internes offrent le cadre adéquat pour se tirer dessus, à chaque mouvement de l’adversaire. Du Western politique version marocaine. Des personnages tout indiqués mènent le combat sur le front, à ma droite, Rachid Talbi Alami, du bureau politique du RNI, et toujours à ma droite, Abdelali Hamidine, député et membre du secrétariat général du PJD. Les péripéties de ce face-à-face entre deux partis par procuration à des francs tireurs ont été traitées sur ces mêmes colonnes dans l’édition précédente de MHI.

Reste à savoir comment les deux principaux partis de l’alliance gouvernementale, PJD et RNI, parviennent à travailler ensemble, alors que pratiquement tous les secteurs d’activités exigent un maximum de coordination. On en arrive à se demander sur quoi les composantes de cette alliance se sont-elles en parfaite compatibilité de points de vues. Les Conseils du gouvernement de jeudi matin offrent une image pas très convaincante. Un froid politique pas loin du gel; des visages fermés qui ne donnent pas l’impression d’y croire et tout à fait au fond un chef qui tente de donner vie et appétit d’action à son auditoire.

À part le fait d’avoir donné du travail aux imprimeries et aux bureaux d’études des copains et des coquins; à quoi ont servi les programmes politiques affichés par les partis lors des campagnes électorales? La même question se pose pour la déclaration de politique générale lors de l’investiture du gouvernement. Elle se pose encore plus lors de ce fameux pacte d’alliance gouvernementale pompeusement paraphé par les parties engagées.

Hors gouvernement et hors parlement, ces alliés d’un autre type s’échangent des amabilités fracassantes. Ils remettent en question leur existence et réciproquement. Le propos est tellement définitif qu’il relève, chaque fois, du point de non-retour. Et pourtant, déjà dans les couloirs du parlement, ils se font des accolades à l’étouffement. Les points de discorde entre les partis de la coalition sont ailleurs. Sous la coupole, chacun s’enfonce dans son fauteuil en attendant un vote aussi rapide qu’éphémère.

À ce titre, on se demande à quoi sert un député, voire même un parlement. Si ce n’est qu’un rassemblement de béni-oui-oui qui ont vendu le match aux vestiaires, il y a de quoi désespérer. L’apprentissage des procédures démocratiques continue. Une question de culture et de générations

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