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L’Algérie se prépare à un cinquième mandat de Bouteflika

Grande purge dans l’armée

Les sept mois restant jusqu’au scrutin présidentiel d’avril 2019 sont porteurs de risques pour les uns et les autres, polarisant les ambitions et pouvant cristalliser le bras de fer, voire l’affrontement.

Mais que se passe-t-il donc en Algérie? En quelques semaines, la majorité des généraux majors ont été démis sans autre forme de procès. Que signifie cette grande purge alors que le débat national se polarise de plus en plus sur l’éventualité d’un cinquième mandat pour président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019.

Une première clé de lecture peut être fournie par le bras-de-fer personnel entre Bouteflika et l’armée. Il n’a jamais oublié ni pardonné aux gradés de l’ANP d’avoir récusé sa candidature aux élections présidentielles de 1995, après l’institution du Haut Comité d’Etat (HCE) qui a suivi la démission forcée, en 1992, de Chadli Benjedid, après les élections législatives de décembre qui avaient été marquées par la victoire du parti islamiste, le FIS. À son retour aux affaires, au palais de Mouradia, en avril 1999, il n’a cessé de domestiquer les généraux, un à un, par touches successives.

Le gros dossier qu’il a fini par traiter a été celui du renvoi du général Mohamed Mediène, dit «Toufik», qui avait dirigé le tout puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) durant plus de deux décennies et qui était ce que l’on appelait le faiseur des présidents ou encore «Rab Aljazaïr» (le dieu de l’Algérie)… Ce limogeage, opéré en septembre 2017, était assurément un grand verrou; il a donc sauté.

Or voici que depuis près de trois mois, c’est la caste des généraux qui est visée avec pas moins d’une bonne vingtaine d’entre eux qui ont été renvoyés. Tout a commencé le 26 juin 2018 avec le chef de la DGSN, le général–major Abdelghani Hamel, qui a cédé son poste au colonel Mustapha Lahbiri. L’affaire ténébreuse des 700 kg de cocaïne saisis au port d’Oran serait à l’origine de cette décision. Mais l’explication reste tout de même un peu courte: depuis quand, en effet, sanctionne-t-on des généraux, mafieux ou non, impliqués ou couvrant tant de faits de qualification aussi criminelle? L’armée allait en tout cas subir d’autres mesures de la même nature, s’apparentant à un nettoyage exceptionnel de l’entourage du général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major et vice-ministre de la Défense nationale, ce département étant entre les mains de Bouteflika depuis avril 1999.

L’armée et la gendarmerie décimées
S’enclenche ensuite un jeu de chaises musicales dans la gendarmerie en un mois seulement. Ainsi le chef de ce corps, le général Menad Nouba, est remplacé le 5 juillet 2018 par le général Ghali Belkheir; qui est à son tour démis une semaine plus tard avec la nomination du général Abderrahmane Arrar. D’autres changements interviennent dans la hiérarchie de ce même corps de la gendarmerie. Mais aussi dans l’ensemble de l’appareil sécuritaire. À la DGSN, le chef des renseignements, Djilali Boudalia, cède son poste le 17 juillet à Slimane Benyetou; le chef de la sécurisé de l’aéroport d’Alger est également démis; de même pour les chefs de sécurité des Wilayas d’Alger, Oran, Laghouat et Ghardaïa, ainsi que les directeurs des transmissions d’une trentaine d’autres wilayas. L’entourage d’Ahmed Gaïd Salah est aussi pratiquement décimé.

Au total, pas moins de 9 généraux-majors. Il faut y ajouter, dans le domaine de la Justice, le renvoi de 13 présidents de tribunaux et de 8 procureurs généraux. À quoi tient cette situation? À la volonté de ce que l’on appelle le clan présidentiel avec le frère, Saïd Bouteflika, de verrouiller le pouvoir et l’influence entre leurs mains et, partant, de réduire la place et le rôle de Ahmed Gaïd Salah? L’on a observé dans cette même ligne que l’armée est largement décapitée aujourd’hui avec le départ des généraux- majors sous ses ordres directs et leur remplacement par d’autres qui ne disposaient pas, eux, d’unités de commandement. Ainsi, le général Habib Chentouf, chef de la 1ère région militaire Blida-Alger -la plus importante- a été mis à la retraite et a été remplacé par le général Ali Sidane, qui ne dirigeait que l’Académie militaire.

Dans tout ce remue-ménage, seul un corps n’a pas été touché : celui la Garde républicaine, à la tête de laquelle officie le général de corps d’armée Benali Benali, un fidèle parmi les fidèles du président Bouteflika. Ce corps s’est professionnalisé et est devenu un outil entre les mains du président, tel une sorte de garde prétorienne. Pouvant faire face un éventuel coup de force venant des autres corps de l’armée ou d’ailleurs. Il y a là assurément une sorte de dispositif opérationnel préventif au cas où…

Garde prétorienne
Que Ahmed Gaïd Salah n’ait pas été associé à cette purge n’étonnera personne: il a été mis devant le fait accompli. Et, du coup, il a dû se plier. Il a justifié les décisions de Bouteflika et de son clan en expliquant que c’était là une «alternance» dans les responsabilités et une politique de promotion de compétences professionnelles. Le triptyque de l’Etat algérien, articulé autour de la présidence, de l’armée et de l’appareil sécuritaire se trouve réduit à un binôme avec deux centres: d’un côté: la présidence renforcée par l’appareil sécuritaire (Gendarmerie, DRS, DGSN) et de l’autre l’armée. Ce bicéphalisme vient d’évoluer autour d’une centralisation entre les mains du clan présidentiel. Ahmed Gaïd Salah est ainsi mis en équation. Et les sept mois restant jusqu’au scrutin présidentiel d’avril 2019 sont porteurs de risques pour les uns et les autres, polarisant les ambitions et pouvant cristalliser le bras de fer, voire l’affrontement.

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