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L’ALGÉRIE, UN ÉTAT VOYOU

©ph:AFP

Le régime algérien est rigidifié, ossifié, sclérosé même. Au coeur, une hiérarchie militaire qui s’est assuré le soutien d’une clientèle électorale et politique. La faillite d’un système

Jusqu’où vont-ils aller? Depuis des lustres, on savait que les officiels d’Alger n’en finissaient pas de sombrer et qu’ils étaient au fond de l’abîme. Mais voilà que la sortie du ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, atteste qu’il y a encore plus profond, plus bas encore que cette béance: l’indignité et l’irresponsabilité. Avec ses accusations infâmes sur le recyclage du haschisch par l’économie marocaine, est-ce l’ultime stade de cette descente aux enfers? Ou bien a-t-on affaire à une opération calculée visant à nourrir une escalade supplémentaire dans la dégradation durable et persistante des relations avec le Royaume?

A un premier niveau d’analyse, ce responsable, qui s’adressait à cette occasion à un parterre de chefs d’entreprise de son pays, a tenté de disqualifier le modèle économique au Maroc. Tant d’opérateurs reprochent au gouvernement Ahmed Ouyahia et à ses prédécesseurs le différentiel entre les avancées et les succès de la diplomatie de Rabat en direction du continent et l’absence de celle d’Alger. Un constat amer de carence alors que, durant des décennies, le pays voisin faisait de l’Afrique l’un des principaux axes de sa politique étrangère.

Le reflux total
Profitant de la manne pétrolière et d’un réseau clientéliste, Alger prétendait être un montreur de conduite, un modèle devant être un vecteur de sa politique d’influence et de pressions. Qu’en est-il en 2017? Le reflux est total et ce pays n’a plus de visibilité ni de moyens pour continuer dans cette même voie. Il a encore quelques réduits, notamment au sein de certains organes de l’UA –telle la commission de sécurité-, d’un dernier carré d’alliés comme l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Mozambique et la Namibie. Il est présent et de manière “activiste” dans l’espace sahélo-saharien en empêchant un processus de réconciliation nationale au Mali et en soutenant le mouvement séparatiste du Polisario depuis plus de quatre décennies; une politique de nuisance … rien d’autre. Ni projection économique, ni nouvelle vision d’un partenariat, ni celle d’une coopération Sud-Sud. D’où l’absence des opérateurs économiques publics et privés et de plus en plus leur dépit, leur amertume et dans cette même ligne le constat d’échec qu’ils font d’une politique, d’un régime et plus globalement d’un système même.

Par contraste, voilà qui jette une lumière crue sur ce que fait le Maroc, avec moins de moyens, mais plus de volontarisme au service de la recherche et de la mise sur pied d’un modèle innovant, créatif, tourné vers un partenariat mutuellement avantageux avec les pays africains, un modèle où il y a des projets économiques dont certains sont novateurs (fertilisation des sols dans l’agriculture, énergies renouvelables, …) et d’autres de progrès social profitant aux populations (formation professionnelle, habitat, vulgarisation des nouvelles techniques auprès des petits agriculteurs, …)

Un “forcing” qui a fait long feu
C’est tout cela qui met en exergue l’échec d’Alger, d’autant plus que ce pays, en l’état, n’a pas de ressources susceptibles de générer une “autre dynamique” pouvant éventuellement combler ce retard et aider à une sorte de rattrapage du Maroc dans sa nouvelle diplomatie continentale.

L’opposition muselée
Plus d’un demi-siècle après son indépendance, l’Algérie doit faire face à un sinistre. A l’international, sa voix n’est plus audible depuis des années: aucune initiative au Proche-Orient, au Maghreb (malgré un “forcing” qui a fait long feu en Libye …) ni sous d’autres latitudes; pas davantage sur des grandes questions comme le changement climatique et l’environnement; même dans la mobilisation internationale dans la lutte antiterroriste, ses ambiguïtés sont patentes. On le voit au Sahel et dans son refus de toute coopération avec Rabat.

Cela dit, au plan institutionnel, le pays voisin peut-il mettre en avant quelque actif? Personne ne peut sérieusement le soutenir. Le principe démocratique est bafoué. L’actuel chef d’État, Abdelaziz Boutflika, en est à son quatrième mandat depuis 1999. Il a fait modifier la Constitution de 1996 pour contourner la limite de deux mandats présidentiels. Son clan parle déjà du scrutin de 2019 pour lui permettre d’aller jusqu’à 2024! Depuis avril 2013, à la suite d’un AVC, il est frappé d’incapacité relevant des dispositions de l’article 88 de la Constitution. Il continue cependant à “présider”, une fiction entretenue grossièrement pas quelques prises d’image. Une situation qui porte atteinte à sa dignité mais aussi et surtout à celle du peuple algérien traité de la sorte, ayant à subir un tel “montage” audiovisuel, et qui, plus encore, installe le pays dans une glaciation institutionnelle et politique. Où est le projet démocratique évoqué, dans un certain discours officiel? L’opposition est muselée, la presse est réprimée avec des peines de prison, le mouvement associatif subit les mêmes contraintes. Et si la dynamique sociale résiste malgré toutes ces contraintes, c’est parce qu’elle est soutenue par de larges couches des forces vives n’acceptant plus une telle chape de plomb.

Pareille situation peut-elle perdurer encore? Ce qui est sûr, c’est que la paix sociale qui a été constamment achetée par les ventes d’hydrocarbures n’est plus garantie. Lors du printemps arabe de 2011, par exemple, les salaires avaient été augmentés de 40%… Aujourd’hui, avec la contraction du cours du baril à hauteur de 57 dollars, tous les indicateurs macroéconomiques sont au rouge. C’est le nouveau Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui vient de déclarer que les salaires des fonctionnaires n’étaient pas garantis pour le mois de novembre.

D’où le recours forcé à l’endettement intérieur avec des avances de la banque centrale pour combler le déficit de 16% du budget général de l’État. Une économie qui fonctionnerait donc à crédit avec la planche à billets. Des annonces ont bien été faites, voici des mois, pour un nouveau modèle économique, différent de celui fondé sur les exportations d’hydrocarbures assurant 98% des exportations et 60% des recettes fiscales du budget de l’État. Mais rien de bien concret n’a été élaboré.

Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major algérien. – ©ph: AFP

Une économie par la planche à billets
C’est qu’en effet, le système tel qu’en luimême n’est pas réformable. Il est rigidifié, ossifié, sclérosé même. Au coeur, une hiérarchie militaire qui s’est assuré le soutien d’une clientèle électorale et politique. Le FLN est l’appareil d’encadrement et de propagande de cette “nomenklatura”. L’on y adjoint en 1997 le Rassemblement National Démocratique (RND), davantage tourné vers les hauts fonctionnaires et les milieux d’affaires. Depuis 2013, Ahmed Ouyahia y assure de nouveau la direction après Abdelkader Bensaleh, président du Conseil de la Nation. Une rotation en circuit fermé servie par une cooptation à géométrie variable, suivant les conjonctures et les desseins du clan présidentiel dirigé par Saïd Bouteflika en partenariat, pourrait-on dire, avec les généraux, à leur tête Gaid Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major.

Pour être précis, il faut ajouter à ce binôme aux intérêts partagés un autre pôle, celui des oligarques disposant de positions- clés dans les secteurs des licences d’importation et dans les grands marchés de l’État et des entreprises publiques. N’est-ce pas un certain Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprises (FCE) –et proche de Saïd Bouteflika– qui a obtenu, par suite d’un différend, le limogeage de Abdelmajid Tebboune, Premier ministre, le 15 août 2017 moins de trois mois après sa nomination? C’est dire la nature et la dimension de la connexion et de la collusion.

Les intérêts des oligarques
Mais il y a plus. Référence est faite à ce que l’on pourrait appeler la faillite morale du “modèle” algérien. Quelles valeurs le caractérisent? La rente. L’administration est pléthorique avec pas moins de 2,5 millions de fonctionnaires sur une population active de 12,5 millions de personnes et une population totale de 40 millions. L’annonce en 2015 d’une réduction de ces effectifs n’a pas pu être menée à bien. L’esprit d’entreprise n’est pas soutenu ni encouragé ni chez les jeunes ni chez les opérateurs. L’environnement règlementaire des affaires et de l’investissement n’est pas non plus attractif du fait de la rigidité du système bancaire, de la complexité de la législation et des positions hégémoniques de groupes de profils liés aux cercles de décision.

La valeur du travail a perdu au profit d’une culture d’assisté, de rentier et de la place de l’informel dans tous les secteurs. Enfin, l’espoir a été perdu pour les générations actuelles: celle des séniors, qui a perdu toutes ses illusions; celle des jeunes aussi, qui n’a pas de perspective encourageante dans l’avenir; sans oublier que le principe démocratique n’arrive pas à prévaloir alors qu’il est toujours au coeur des aspirations des composantes les plus larges du peuple algérien.

Un cycle historique s’achève. Voilà bien un régime grabataire, en fin de vie, qui n’a rien d’autre qu’à accuser le Maroc d’être un contre-modèle de développement! Quelle indignité! Quel déni! Et quelle déchéance! A quand le “dégagisme” de cette mafia?.

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